
Une doctorante de l’U d’O révèle un trésor caché de la biodiversité canadienne
Crédit visuel : Jayna Bergman, uOttawa
Article rédigé par Rafaëlle Lazure – Journaliste
Une étude dirigée par Jayna Bergman, une doctorante de l’Université d’Ottawa (U d’O)révèle qu’une population de crapauds de l’Ouest présente en Alberta est génétiquement distincte et unique au Canada. Cette découverte, qui pourrait influencer les futures stratégies de conservation de l’espèce, met en lumière une facette encore méconnue de la biodiversité canadienne.
Un mystère vieux de quinze ans
Depuis 2010, les biologistes distinguent deux populations de crapauds de l’Ouest au Canada : une population « chantante » en Alberta et une population « non chantante » en Colombie-Britannique. Cette distinction reposait toutefois sur un seul trait observable. Cette distinction reposait sur un comportement particulier. Les mâles de la population albertaine possèdent un sac vocal et émettent un chant nuptial, contrairement à ceux de la Colombie-Britannique.
Si cette différence comportementale était connue, une question demeurait sans réponse : ces deux populations étaient-elles aussi différentes sur le plan génétique?
C’est cette interrogation qui a guidé les travaux de Jayna Bergman, doctorante à la Faculté des sciences de l’U d’O, sous la direction de la professeure Julie Lee-Yaw. Avec son équipe, elle a entrepris d’analyser l’ADN de crapauds et de têtards provenant de l’Alberta et de la Colombie-Britannique afin de mieux comprendre leurs différences.
Les analyses, publiées dans la revue Diversity and Distributions, ont confirmé que les crapauds chantants de l’Alberta forment une population génétiquement distincte de celle de la Colombie-Britannique. Cette population est entièrement limitée à l’Alberta, ce qui en fait une composante unique de la biodiversité canadienne, explique Bergman.
Bottes dans les marais et analyses d’ADN
Pour répondre à cette question, la doctorante a parcouru les étangs, les milieux humides et les lacs de l’Ouest canadien afin de recueillir des échantillons de crapauds et de têtards. Une fois de retour au laboratoire, ces échantillons ont permis de comparer les profils génétiques des différentes populations.
Bien que l’étude compte plusieurs co-auteurs, Bergman a réalisé la majorité du projet, du travail de terrain jusqu’aux analyses génétiques et à la rédaction de l’article scientifique. Quelques échantillons supplémentaires ont été fournis par des collaborateurs en Colombie-Britannique.
Les résultats ont également fait la surprise aux chercheurs. En plus de confirmer les différences entre les populations chantantes et non chantantes, l’équipe a identifié un troisième groupe génétique dans la région des Rocheuses canadiennes, principalement dans le sud-ouest de l’Alberta et le sud-est de la Colombie-Britannique. Ce groupe s’étendrait également jusqu’au Montana et à l’Idaho, mais des analyses supplémentaires seront nécessaires pour mieux comprendre sa répartition.
« Nous avons peu d’échantillons provenant de cette région, mais nous pensons que ce groupe est propre à la région de la Couronne du Continent. Il faudra maintenant le comparer aux populations des États-Unis pour mieux comprendre à quel point il est unique », précise la chercheuse.
Cette découverte laisse croire que le crapaud de l’Ouest est plus diversifié qu’on ne le pensait jusqu’à présent.
Une passion devenue carrière
L’intérêt de Jayna Bergman pour les amphibiens ne date pas d’hier.
« J’ai toujours été fascinée par les amphibiens et les reptiles. Quand j’étais petite, je passais mon temps à attraper des grenouilles et des serpents », raconte-t-elle en riant.
C’est au cours de son baccalauréat qu’elle découvre le laboratoire de la professeure Julie Lee-Yaw, une rencontre qui orientera la suite de son parcours.
Aujourd’hui, ses travaux contribuent à une meilleure compréhension d’une espèce emblématique de l’Ouest canadien et démontrent le rôle que peuvent jouer les étudiants chercheurs dans l’avancement des connaissances scientifiques.
Ce n’est que le début
Si cette étude répond à une question qui demeurait sans réponse depuis plusieurs années, elle en soulève désormais de nouvelles.
L’équipe souhaite maintenant comparer les populations canadiennes à celles des États-Unis afin de mieux comprendre le troisième groupe génétique identifié au cours de ses travaux. Les chercheurs tenteront également de déterminer si les populations de l’Alberta et de la Colombie-Britannique peuvent encore se reproduire entre elles et depuis combien de temps elles évoluent séparément.
Au-delà de l’intérêt scientifique, cette recherche pourrait avoir de vraies répercussions sur la protection du crapaud de l’Ouest. L’espèce est actuellement considérée comme préoccupante au Canada et son statut doit être réévalué prochainement, un exercice réalisé environ tous les dix ans.
Pour la doctorante, cette découverte n’est donc pas une conclusion, mais le point de départ d’une meilleure compréhension de l’évolution du crapaud de l’Ouest et de la biodiversité canadienne.
