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Parler la même langue que son médecin pourrait prolonger l’espérance de vie

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong– Directrice artistique

Article rédigé par Rafaëlle Lazure – Journaliste

Une nouvelle étude menée par des chercheuses et chercheurs de l’Université d’Ottawa (U d’O)  et de l’Université du Manitoba démontre que la langue utilisée dans la relation entre un patient et son médecin pourrait avoir des répercussions bien plus importantes sur la santé à long terme.

Impact de la langue sur la santé

Publiée en juillet dernier dans la revue AJE Advances: Research in Epidemiology, l’étude a suivi 50 375 personnes pendant une période pouvant aller jusqu’à 15 ans. Les résultats révèlent que les francophones vivant hors Québec qui reçoivent des soins en français présentent un risque de mortalité réduit de 11% tandis que cette réduction atteint 27% chez les personnes allophones lorsqu’elles sont soignées dans leur langue. 

Derrière ces résultats se trouve une importante question : est-ce que la capacité de communiquer avec son médecin dans sa propre langue peut influencer la qualité des soins reçus ? C’est précisément ce que l’équipe de recherche, dirigée par le Dr Michael Reaume, ancien résident en néphrologie à l’U d’O et maintenant chercheur à l’Université du Manitoba, a voulu examiner.

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont utilisé les données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes menée par Statistique Canada entre 2003 et 2014. Les personnes participantes ont été regroupées selon leur langue principale parlée à la maison, puis comparées selon qu’elles recevaient ou non des soins médicaux dans cette même langue. 

L’étude s’est concentrée sur les populations susceptibles de rencontrer des barrières linguistiques dans le système de santé canadien, notamment les francophones vivant à l’extérieur du Québec, les anglophones du Québec et les personnes parlant une langue autochtone ou une autre langue.

Une meilleure communication pour de meilleurs soins

Selon le Dr Reaume, l’un des éléments centraux qui pourraient expliquer ces résultats est la qualité de la communication entre le patient et son médecin. 

"Pour avoir une bonne relation thérapeutique patient-médecin, il faut premièrement que le patient comprenne ce que le médecin dit, il faut que le médecin comprenne ce que le patient dit. Le patient doit avoir confiance que son médecin pose le bon diagnostic et propose un plan de traitement qui est le meilleur pour lui ou elle."

- Dr Michael Reaume -

Francophones hors Québec : l’accès aux soins en français reste inégal

Bien que l’étude démontre l’importance de recevoir des soins dans sa langue, l’accès à ces services demeure variable à travers le pays. Au Canada, les communautés francophones vivant en situation minoritaire font face à des réalités différentes selon leur région.

D’après les données, les francophones hors Québec sont généralement mieux desservis en Ontario et au Nouveau-Brunswick que dans plusieurs autres provinces. Cette différence s’explique par la présence de communautés francophones plus concentrées et par l’existence d’institutions de santé capables d’offrir des services bilingues.

Dans la région d’Ottawa, la présence d’institutions comme l’Hôpital Montfort joue un rôle important dans l’offre de soins en français. Seul hôpital universitaire francophone de l’Ontario, l’établissement contribue à maintenir une capacité de soins en français tout en formant des professionnels de la santé capables de travailler dans les deux langues officielles.

Cependant, la disponibilité des services en français ne signifie pas que tous les patients francophones y ont automatiquement accès. Le défi demeure notamment dans le jumelage entre les besoins linguistiques des patients et les compétences des professionnels disponibles.

Des solutions aux besoins linguistiques des patients

Pour le Dr Reaume, améliorer l’accès aux soins dans la langue de préférence des patients nécessite d’abord de mieux identifier leurs besoins. Une des principales mesures qu’il propose serait d’ajouter la langue de préférence sur les cartes santé provinciales. 

« Si on veut essayer de jumeler des patients à des médecins qui parlent ces langues-là, mais aussi être capable d’offrir des services d’interprétation aux patients, il faut savoir quels patients veulent recevoir des soins dans une langue autre que l’anglais ou le français », explique-t-il.

Une autre priorité serait de mieux documenter les compétences linguistiques des professionnels de la santé. Actuellement, il peut être difficile pour un médecin de savoir à quel collègue diriger un patient qui souhaite recevoir des soins dans une langue précise.

L’étude met également de l’avant l’importance d’assurer un accès constant à des services d’interprétation professionnels. Selon les chercheurs, avoir recours à des proches ou à des membres de la famille comme interprètes peut limiter la qualité des échanges médicaux, notamment parce que ces personnes ne possèdent pas toujours la formation nécessaire pour traduire des informations complexes liées à la santé.

« Si on était capable de faire ces trois choses-là dans toutes les provinces et tous les territoires, je pense qu’on serait capable de mieux servir les communautés linguistiques minoritaires » conclut le Dr Reaume.

Cette étude rappelle ainsi que la langue utilisée dans le système de santé n’est pas seulement une question de préférence, mais aussi un facteur pouvant influencer la qualité des soins reçus. Alors que les communautés linguistiques minoritaires continuent de croître au Canada, l’accès à des services adaptés à leurs réalités demeure un enjeu important.

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