
La francophonie gagne en visibilité chez les Sénateurs
Le 29 septembre, Thomas Chabot est devenu le 11e capitaine de l’histoire des Sénateurs d’Ottawa. Sa nomination marque une première pour l’équipe : il devient le premier francophone à porter le « C ».
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong – Directrice artistique
Sa nomination survient après le départ de Brady Tkachuk, échangé aux Panthers de la Floride en juin. Chabot devient ainsi le joueur comptant le plus d’ancienneté au sein de l’organisation. Il sera épaulé par Claude Giroux, Jake Sanderson et Tim Stützle, nommés capitaines adjoints.
« Je pense que c’est une excellente nouvelle pour la région », affirme Patrick Grandmaître, entraîneur-chef de l’équipe masculine de hockey des Gee-Gees de l’Université d’Ottawa, qui souligne la forte présence francophone dans la capitale nationale et dans l’Outaouais.
Du hockey junior à la LNH
Natif de Sainte-Marie-de-Beauce, Thomas Chabot a fait ses premiers pas vers le hockey professionnel avec les Sea Dogs de Saint John, dans la Ligue de hockey junior Maritimes Québec (LHJMQ). Sélectionné par l’équipe au deuxième tour du repêchage de 2013, il y a joué pendant quatre saisons.
Son passage dans les rangs juniors lui permet rapidement de se démarquer. En 2017, lors de sa dernière saison avec les Sea Dogs, il remporte le trophée du meilleur défenseur de la LHJMQ et est nommé joueur par excellence des séries éliminatoires. La même année, l’équipe remporte la Coupe du président, renommée trophée Gilles-Courteau en 2023.
Lors du repêchage de la Ligue nationale de hockey (LNH) en 2015, les Sénateurs sélectionnent Chabot au 18e rang, avec leur premier choix. Après quelques allers-retours dans les rangs juniors, il finit par s’installer définitivement dans la LNH lors de la saison 2017-2018.
À Ottawa, le défenseur devient rapidement l’un des joueurs les plus utilisés de l’équipe. Il connaît sa meilleure saison offensive en 2018-2019, alors qu’il récolte 55 points en 70 matchs. Ses performances lui valent sa première sélection au Match des étoiles de la LNH.
En 2019, les Sénateurs lui accordent une prolongation de contrat de huit ans. Chabot devient alors l’une des principales figures de l’organisation.
Son rôle dépasse progressivement celui de défenseur offensif. Il est nommé capitaine adjoint en 2020 et occupe cette fonction pendant six saisons avant d’être choisi pour succéder à Tkachuk.
Après neuf saisons complètes à Ottawa, Chabot est le joueur de l’effectif comptant le plus d’ancienneté au sein de l’équipe. Au moment de sa nomination comme capitaine, il totalise 335 points en 569 matchs dans la LNH.
Un visage francophone dans la capitale nationale
La nomination de Chabot survient alors que les Sénateurs cherchent, depuis plusieurs années, à renforcer leurs liens avec les communautés francophones d’Ottawa et du Québec, de l’autre côté de la rivière des Outaouais.
Grandmaître, lui-même francophone et partisan des Sénateurs, estime que Chabot peut jouer un rôle d’ambassadeur auprès des communautés francophones de la région. « Avoir un représentant francophone comme lui au sein de l’équipe, c’est une très bonne chose », affirme-t-il.
Son point de vue s’appuie aussi sur son expérience de père de trois enfants qui évoluent dans le hockey mineur. Selon lui, les jeunes de la région sont fortement exposés aux Canadiens de Montréal, auxquels s’ajoute l’influence des Maple Leafs de Toronto du côté ontarien. Dans ce contexte, la présence d’une figure francophone à Ottawa pourrait contribuer à renforcer le lien entre les jeunes joueurs et l’équipe locale. Grandmaître souligne notamment les efforts déployés par l’organisation des Sénateurs dans le hockey mineur.
« C’est un atout d’avoir un allié comme Thomas Chabot qui peut s’exprimer en français », soutient-il.
Pour Maëlle Laplante, capitaine adjointe de l’équipe féminine de hockey des Gee-Gees, la portée de cette nomination dépasse les limites de la capitale nationale.
« En tant que joueuse de hockey francophone qui ne vient pas d’Ottawa, je ressens un certain sentiment d’appartenance depuis que Thomas Chabot est devenu capitaine des Sénateurs », explique-t-elle.
Selon elle, cette nomination pourrait également permettre à davantage de francophones de s’identifier à l’équipe ottavienne.
Un leadership qui dépasse la glace
Pour Grandmaître, la nomination de Chabot ne repose pas uniquement sur ses statistiques ou sur son ancienneté.
« Le leader idéal est quelqu’un qui peut avoir une influence majeure sur plusieurs groupes, et non sur un seul. Pour moi, un véritable leader exerce une grande influence dans plusieurs sphères de son équipe et de l’organisation », résume-t-il.
Pour sa part, Laplante estime que les qualités nécessaires au leadership se développent avec le temps.
« Je pense que ce rôle demande des qualités qui se développent au fil des années. Je ne pense pas que j’aurais eu la même capacité à être capitaine lors de ma première année. Cela vient surtout avec la maturité et la capacité de rejoindre l’ensemble des membres de l’équipe pour avoir un impact positif. Parfois, on essaie de parler haut et fort, mais le simple fait de montrer l’exemple aux filles peut suffire », explique-t-elle.
Dans une région où le hockey rassemble les communautés des deux côtés de la rivière des Outaouais, cette nomination pourrait ainsi donner une visibilité accrue à la francophonie dans un milieu où l’anglais demeure prédominant, notamment au sein de la LNH.
