Quand j’étais jeune, j’avais de grandes ambitions. Je voulais être artiste, écrivaine, ou encore actrice… Mes rêves changeaient constamment, mais tous me laissaient entrevoir une vie extraordinaire. À l’époque, rien ne me semblait impossible. Aujourd’hui, mes choix sont davantage influencés par ce qui me semble réaliste.
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique
À force de vouloir devenir des adultes responsables, nous finissons parfois par nous perdre et oublier qui nous étions à la base. Et si la véritable peur du futur ne venait pas de l’inconnu, mais plutôt de la possibilité d’abandonner nos rêves et de devenir une personne que nous n’aurions jamais imaginé être ?
Le jour où les rêves rencontrent la réalité
En grandissant, nos rêves ne sont plus seulement définis par ce qui nous passionne, mais aussi par ce qui nous semble réalisable. À quel moment la passion est-elle remplacée par des questions de salaire, de stabilité et de sécurité ?
Plusieurs professeur.e.s m’ont déjà dit que l’argent ne faisait pas le bonheur et qu’il valait mieux choisir un métier qui nous plaisait vraiment, même s’il ne rapportait pas beaucoup. Je comprends ce raisonnement, mais je ne partage pas entièrement cet avis. L’argent n’achète peut-être pas le bonheur, mais il offre tout de même une certaine stabilité et permet de se faire plaisir (voyages, shopping…). Après tout, vivre constamment avec des inquiétudes financières, ce n’est pas exactement ma définition d’une vie épanouie.
Avec le temps, je me rends compte que la passion est importante, certes, mais elle ne garantit pas toujours le succès. Une personne peut être extrêmement talentueuse et beaucoup s’investir sans toutefois parvenir à bâtir une carrière réussie dans son domaine. Prenons par exemple les artistes qui, malgré leur talent, peinent à vivre de leur art.
Ainsi, sans même m’en rendre compte, j’ai commencé à faire des compromis. Lorsque je m’imagine mon avenir, je ne pense plus qu’au plaisir que pourrait me rapporter mon futur emploi, mais aussi à sa stabilité financière. Certes, mes rêves ne se sont pas complètement envolés, mais ils viennent désormais avec plusieurs considérations.
Pendant longtemps, j’avais l’impression qu’il suffisait que je trouve quelque chose que j’aimais pour résoudre la question de mon avenir…Mais, aujourd’hui, je réalise que la réalité est loin d’être aussi simple. Trouver le juste milieu entre ce qui nous passionne et ce qui est réaliste est plus simple à dire qu’à faire, surtout pour quelqu’un comme moi qui n’a jamais vraiment réussi à trouver une véritable passion.
Et si le plus difficile c’était de ne pas savoir ?
Depuis le début de cette chronique, je parle de la peur d’abandonner ses rêves en grandissant. Mais, pour être honnête, je ne suis même pas certaine d’avoir un jour su ce que je voulais faire. C’est vrai que j’avais beaucoup d’ambition, mais il n’y a jamais eu un métier que je me voyais exercer toute ma vie. Tout ce que je savais, c’était que je voulais faire quelque chose qui me permettrait de rester créative et fidèle à moi-même.
J’ai souvent l’impression que les autres savent déjà ce qu’ils.elles veulent faire, ou du moins, qu’ils.elles ont une idée, même si elle n’est pas parfaitement définie. De mon côté, après un changement de programme (sciences sociales → communication avec mineure en gestion) et une remise en question constante, je n’arrive toujours pas à savoir ce que j’aimerais faire.
La vérité, c’est que je n’ai jamais trouvé cette passion qui paraît si évidente pour d’autres. Je ne suis certaine de rien, sauf du fait que je ne me vois pas travailler dans les sciences, les mathématiques ou la politique…Mais, même en écartant ces possibilités, mon avenir ne se dessine pas plus clairement.
Pourtant, les centres d’intérêt ne me manquent pas. J’aime dessiner, lire, crocheter ou encore bricoler. Ce sont des passe-temps qui me tiennent à cœur, mais j’ai du mal à m’imaginer en faire un métier.
Et, c’est probablement l’une des raisons pour laquelle le futur me fait aussi peur. J’ai peur de me trouver à exercer un métier que je n’aime pas vraiment, peur de finir par choisir la voie la plus sécuritaire et, surtout, peur de devenir comme les autres et de laisser de côté ma créativité.
Grandir, est-ce devenir comme tout le monde ?
J’ai remarqué que plus nous grandissons, plus nous ressentons une certaine pression à nous conformer à la société et aux attentes des autres. C’est presque comme si devenir adulte signifiait devenir plus sérieux, ennuyant, ou simplement plus…« normal ».
Personnellement, je me suis toujours considérée comme quelqu’un d’un peu bizarre, certains diraient même « folle ». J’aime rire pour rien (bon, dit comme ça, c’est vrai que c’est un peu drôle !), être spontanée et faire les choses à ma manière.
Certaines personnes trouvent cela étrange, mais ça ne m’a jamais vraiment dérangée. Au contraire, je n’ai jamais aimé l’idée de me fondre dans la masse. J’ai toujours préféré être originale. Je pense qu’il est important d’accepter qu’il est impossible d’être aimé par tout le monde. J’aime penser que la vie fait bien les choses et que les bonnes personnes finiront par nous trouver.
Évidemment, je comprends que certaines normes existent pour une raison. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut ignorer toutes les règles. Simplement, j’ai l’impression que plusieurs personnes cachent une part importante de leur personnalité parce qu’elles ont peur du jugement . C’est comme si, en vieillissant, nous apprenions qu’il vaut mieux passer inaperçu que risquer d’être perçu différemment.
Pourtant, je pense que tout le monde gagnerait à être plus authentique. Après tout, certaines personnes trouveront toujours une raison de nous juger d’une manière ou d’une autre, alors pourquoi passer autant de temps à essayer de plaire aux autres ?
Je me demande souvent pourquoi l’originalité est perçue comme une qualité pendant l’enfance, mais comme quelque chose à éviter lorsque nous devenons adultes. Cette réflexion me fait penser au Petit Prince, un livre que j’ai lu à trois reprises au cours de ma vie. C’est une histoire que j’aime particulièrement, car chaque relecture me fait comprendre quelque chose de nouveau.
L’un de mes passages préférés est celui du dessin que les adultes prennent pour un chapeau alors qu’il représente en réalité un serpent qui a avalé un éléphant. Bien que tout le monde regarde le même dessin, la perception diffère. En grandissant, plusieurs finissent par perdre leur imagination ainsi que leur capacité à voir les choses autrement. Parfois, je me demande si ma peur du futur ne vient pas aussi de là : la peur de perdre cette partie de moi qui refuse de voir un simple chapeau.
Qui voulons-nous devenir ?
Peut-être que grandir ne consiste pas à avoir toutes les réponses, mais à apprendre à avancer malgré les questions. Au fond, le plus important n’est peut-être pas de trouver le métier parfait, mais de ne pas perdre l’essence de qui nous sommes en chemin. Je crois qu’il faudrait reformuler la question. Au lieu de demander
« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? », nous devrions nous demander « Qui veux-tu devenir ? ». Parce qu’au final, trouver un métier est une chose, mais réussir à se trouver dans la société tout en restant soi-même en est une autre.


