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Sports et bien-être

Natation artistique : les Gee-Gees dans l’ombre

Derrière les maillots brillants et les chorégraphies synchronisées, la natation artistique mêle plusieurs disciplines, le tout en exécutant des figures la tête en bas et en retenant son souffle. À l’Université d’Ottawa, l’équipe des Gee-Gees compte vingt-cinq athlètes, dont un homme. Cependant, cette discipline reste presque invisible sur le campus.

Crédit visuel : Tiana Drey – Créatrice de contenu

Un sport qui en réunit plusieurs

Anciennement appelée natation synchronisée, la natation artistique combine des figures acrobatiques, des mouvements de danse et des techniques de natation, le tout au rythme de la musique. Les athlètes doivent coordonner leurs mouvements, contrôler leur respiration et maintenir leurs positions dans l’eau, parfois la tête en bas.

« La natation artistique, c’est un mélange de plusieurs sports », explique Kezia Morelli, présidente de l’équipe des Gee-Gees, qui pratique la discipline depuis 14 ans. « On fait de la natation, du plongeon, et on doit être souple comme les danseuses ». Étudiante en quatrième année de communication à l’Université d’Ottawa, elle entame sa quatrième année au sein de l’équipe, dont elle est présidente depuis deux ans.

Les entraînements combinent travail en piscine et préparation physique. L’équipe se retrouve deux matins par semaine pour des séances dans l’eau, puis le dimanche pour deux heures de préparation physique en salle, suivies de deux heures supplémentaires en piscine. Une séance hebdomadaire d’entraînement de haute performance (High Performance Training), axée notamment sur la musculation, complète le programme.

La saison compte trois compétitions, dont la première a lieu en novembre. En février, les Gee-Gees participent aux Easterns, qui réunissent les équipes de l’Est du Canada à Toronto. Les championnats nationaux, organisés en mars à Laval, clôturent la saison. 

Trouver sa place dans un sport encore stéréotypé 

Avec 16 ans de pratique de la gymnastique derrière lui, Pierre Toupin n’est pas un novice en matière de sport. Étudiant en gestion des ressources humaines à l’École de gestion Telfer et sauveteur à l’Université d’Ottawa depuis deux ans, il a rejoint cette année l’équipe de natation artistique des Gee-Gees. Encouragé par une amie, ancienne membre de l’équipe universitaire, il a décidé de se lancer à son tour dans cette discipline. « Je me disais que ça avait l’air un peu facile. Mais ce n’est pas facile », reconnaît-il.

Seul garçon parmi les nageuses de l’équipe, Toupin dit avoir trouvé sa place sans difficulté. « Les filles sont très accueillantes et elles m’aident beaucoup. J’ai reçu beaucoup de conseils de chacune d’entre elles, individuellement », explique-t-il. Il apprécie particulièrement cet accompagnement individuel, qui lui permet de progresser.

Si les réactions sont parfois teintées de surprise lorsqu’il explique pratiquer la natation artistique, il ne ressent pas de pression particulière. « Je ne me sens pas jugé », affirme-t-il.

Pour lui, la présence d’hommes dans ce sport devrait être davantage acceptée. Il évoque notamment les Jeux olympiques de Paris en 2024, où les hommes étaient autorisés à participer pour la première fois à l’épreuve par équipes de natation artistique. « Il y a des garçons dans le cheerleading et dans la danse. Ça n’a pas besoin d’être genré», souligne-t-il, estimant que cette discipline devrait  être ouverte à toutes et à tous.

Un sport exigeant, encore dans l’ombre

Derrière les chorégraphies se cachent aussi des contraintes moins visibles. « L’accès aux créneaux horaires de piscine constitue toujours un défi », explique Natasha Strong, entraîneuse de l’équipe de niveau expert depuis trois ans. L’entraînement du dimanche est obligatoire, puisqu’il s’agit du « seul moment de la semaine où l’équipe est au complet ». Les compétences propres à la discipline, comme les positions inversées et les figures sous l’eau, nécessitent une pratique régulière en bassin.

À cela s’ajoutent les blessures et la difficulté de concilier études et entraînements. « Pour beaucoup de nageuses, la piscine offre un exutoire ou une pause agréable par rapport aux cours, mais elle peut aussi devenir un fardeau », souligne l’entraîneuse. Elle estime que ces difficultés contribuent au départ de certaines athlètes : « Beaucoup abandonnent au bout d’un an ». Morelli tient toutefois à rappeler que l’équipe reste compréhensive à l’égard des obligations universitaires. « Si les filles ont un examen, un test ou une présentation, elles ne sont pas obligées de venir », précise la présidente.

Au-delà de la place des hommes, l’équipe cherche aussi à attirer de nouvelles recrues. Les Gee-Gees souhaitent accueillir de nouvelles personnes, même sans expérience préalable. Pourtant, la natation artistique reste peu connue sur le campus.

« La plupart des gens ignorent que l’université possède une équipe de natation artistique, et savent encore moins qu’il existe un niveau novice destiné aux débutant.e.s », explique Strong. Trois catégories permettent pourtant aux athlètes d’évoluer selon leur expérience : novice, intermédiaire et expert. Reste à faire connaître cette possibilité auprès des étudiant.e.s, qui pourraient, comme Pierre Toupin, découvrir la discipline en relevant un défi qu’ils.elles n’auraient pas envisagé autrement.

Sous l’eau, les Gee-Gees enchaînent les figures au rythme de la musique. Sur le campus, il reste encore à faire connaître celles et ceux qui les réalisent.

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