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Photo de l'interbiewée, Wissanji,
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Entrepreneuriat social et mentorat: rencontre avec Alisha Wissanji

Crédit visuel : Courtoisie

Entrevue réalisée par  Ingrid Kouakou — Journaliste

Fondatrice de l’École des Grands, un des plus importants programmes de mentorat scolaire au Canada, la chercheuse et entrepreneure sociale était de passage à l’Université d’Ottawa dans le cadre du programme Women 2 Women. Alisha Wissanji, qui est également Présidente-directrice générale (PDG) de la Fondation W a, le 23 juillet, lancé un message à la relève : plutôt que de chercher la «carrière parfaite», il faut d’abord ancrer sa mission de vie. Avec La Rotonde, elle  échange sur le leadership, la durabilité des projets sociaux et de la puissance du mentorat. 

La Rotonde (LR) : De la physique théorique à la direction de l’un des plus importants programmes de mentorat du pays. Comment s’est faite cette transition entre les sciences pures et l’engagement social?

Alisha Wissanji (AW) : Tout remonte à huit ans, à Granby. Le ministère de l’immigration a demandé à mes parents si nous pouvions être famille d’accueil pour des réfugiés afghans qui fuyaient la guerre. On a accueilli 250 réfugiés chez nous sur une période de dix ans. A l’époque, je trouvais complètement injuste qu’un enfant de mon âge n’ait pas les mêmes chances de réussir à l’école simplement parce qu’il ne parlait pas français. J’ai donc commencé à faire de l’aide aux devoirs bénévolement. 

Plus tard, durant mes études universitaires en physique, du baccalauréat jusqu’au post doctorat, je voulais que mon éducation serve deux objectifs: comprendre la nature qui m’entoure, et utiliser cette compréhension pour servir la communauté. A 30 ans, alors que je suis devenue professeure de physique et de mathématiques à Montréal-Nord, j’ai constaté qu’un enfant sur quatre décrochait du secondaire. C’est là que nous avons créé le programme École des Grands. L’idée était de prendre un enfant vulnérable par la main et de l’amener à l’École des Grands, c’est-à-dire sur le campus d’un cégep ou d’une université. On a commencé en 2015 avec une école; aujourd’hui, nous visons 100 000 enfants au Québec et 1 million à travers le Canada.

LR : Lors de votre allocution à Women 2 Women, vous mentionnez qu’il faut définir son «pourquoi» et son «comment» avant son métier. Quel a été le vôtre et comment a-t-il guidé vos choix?

AW : Mon Pourquoi (why), c’était de comprendre la nature et de servir la communauté. C’est mon fil conducteur. Ensuite vient le Comment  (how), qui est la mission de vie: pour moi, c’est de contribuer à l’égalité des chances et de permettre un réel accès à la réussite éducative. La carrière qu’on soit physicienne, mathématicienne ou entrepreneure sociale, ce n’est que l’outil pour faire atterrir ce «pourquoi» sur le terrain. A l’École des Grands, on offre de l’aide aux devoirs, mais aussi de l’éveil scientifique et de la programmation informatique pour que les enfants se projettent comme des scientifiques.

LR : Que conseillez-vous aux jeunes qui ressentent la pression de devoir trouver tout de suite la «carrière parfaite»?

AW : Je leur dirai que le métier va évoluer avec le temps, et que ça doit leur enlever une pression. On n’a pas à réussir un coup de circuit dès le premier jour. Devenir une personne inspirante, ce n’est pas une question de titre professionnel inspirante, ce n’est pas une question de titre professionnel ou de salaire. C’est quelque chose qu’on construit un choix à la fois, lorsque nos actions sont alignées avec nos valeurs et qu’on s’investit dans quelque chose de plus grand que soi.

LR :  Vous préconisez de tester ses idées modestement et de mesurer l’impact réel. Comment s’applique cette méthode concrètement? 

AW : Il faut commencer petit avec un projet pilote, puis mesurer l’impact pour s’améliorer en continu. Ensuite, il faut prendre le temps d’écrire le «manuel d’instruction» du projet pour qu’il soit réplicable dans d’autres communautés. Pour que ça fonctionne, le projet doit être d’emblée gagnant-gagnant. Dans notre cas, les écoles primaires voient la réussite de leurs élèves s’améliorer, tandis que les universités et cégeps offrent à leurs étudiants une expérience concrète de leadership et de validation de carrière.

LR : Si un étudiant ou une institution souhaite intégrer l’École des Grands, comment doit-il s’y prendre?

AW : Pour devenir mentor dans une université où le programme existe déjà (comme l’Université d’Ottawa), une communication officielle est envoyée aux étudiants pour les inscriptions. Pour un étudiant dans un établissement où le programme n’est pas encore implanté, je l’invite à aller voir le bureau des partenariats communautaires de son université pour manifester son intérêt. Les institutions peuvent ensuite nous contacter directement via notre site fondationw.com.

LR : Quel est le plus grand défi pour atteindre votre objectif de toucher 1 million de jeunes d’ici 2040?

AW : Le défi est double. D’abord, faire de la sensibilisation pour que plus de collèges, universités et écoles primaires découvrent le programme. Ensuite, c’est un défi de financement auprès de nos donateurs individuels, corporatifs et gouvernementaux pour prendre cette aventure possible à grande échelle.

LR : A l’ère du numérique, et de l’intelligence artificielle, pourquoi le mentorat humain direct reste-t-il irremplaçable?

AW : Pendant la pandémie, on s’est demandé si on devait passer au virtuel. Mais nous desservons des familles très vulnérables qui faisaient face à des enjeux d’accès aux équipements et de littératie numérique. Surtout, la littérature scientifique démontre que pour développer la résilience chez un enfant, il faut des facteurs de protection humains: avoir quelqu’un qui croit en toi, recevoir une attention bienveillante, développer son autonomie. Tout cela s’incarne bien mieux en personne. Le.la mentor.e devient un grand frère, une grande sœur.

LR : Si un.e jeune leader ne devait retenir qu’un seul conseil de votre parcours, quel serait-il?

AW : Crois en toi! Tu en es capable. Changer le monde n’est pas réservé à des gens extraordinaires, c’est aussi réservé à des gens ordinaires qui ont une cause à cœur, qui s’y engagent et qui ont le courage de commencer petit.

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