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Photo de l'équipe du Centre francophone du Grand Toronto

Bientôt une nouvelle clinique francophone dans la région du Grand Toronto

Le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) a récemment annoncé l’obtention d’un financement du gouvernement de l’Ontario pour ouvrir une nouvelle clinique francophone à Mississauga, dans la région de Peel. La Rotonde s’est entretenue avec Estelle Courty Duchon, PDG du CFGT, sur ce projet prévu pour le premier trimestre de 2027.

Crédit visuel : Courtoisie

La Rotonde (LR) : Quel portrait dressez-vous aujourd’hui de la francophonie dans le Grand Toronto, et quels sont les principaux besoins auxquels le Centre francophone du Grand Toronto tente de répondre à travers ses différents services ?

Estelle Courty Duchon (ECD) : Je dirais que la francophonie à Toronto est extrêmement diverse. On a beaucoup de nouveaux arrivants qui choisissent la région de Toronto comme premier point d’atterrissage. C’est pour ça qu’on voit une francophonie qui vient vraiment de tous les pays du monde. Elle est dynamique, avec autant de personnes qui sont là depuis plus longtemps, des aînés, des familles que des nouveaux arrivants qui cherchent un premier emploi. Nous, ce qu’on cherche, c’est vraiment de répondre aux besoins de toutes ces composantes de la communauté.

LR : En matière de santé, quelles difficultés les francophones du Grand Toronto et de la région de Peel rencontrent-ils encore pour accéder à des soins en français, et qu’est-ce que recevoir des soins dans sa langue change concrètement pour les patients ?

ECD : Je pense que c’est très important d’avoir un médecin de famille ou des soins primaires en français. Les soins primaires, c’est la porte d’accès vers le reste du système. Donc, si la personne qui vous suit en santé dans votre quotidien ne parle pas français, il devient très difficile d’accéder aux différents services en français.

Nous avons déjà deux cliniques qui se trouvent à Toronto. Pour les personnes qui habitent dans la région de Peel, ça représente souvent beaucoup de temps de trajet pour venir voir leur médecin. Si on pense à une famille avec de jeunes enfants qui a besoin d’aller les faire vacciner ou de voir son médecin, avoir deux heures de trajet à chaque rendez-vous, ce n’est pas idéal. C’est pour ça qu’on veut avoir d’autres points de service pour que ce soit plus proche.

Il y a aussi d’autres domaines dans lesquels on voit que la langue est très importante. Je pense à la santé mentale et aux services aux aînés. Quand on vieillit, on a tendance à revenir vers sa langue maternelle, donc c’est d’autant plus important pour les aînés d’avoir accès à des services de santé en français.

LR : Le CFGT a obtenu un financement annuel de plus de 2,1 millions de dollars pour ouvrir une nouvelle clinique à Mississauga, destinée à accueillir plusieurs milliers de nouveaux patients francophones. À quels besoins précis ce projet répond-il et que permettra concrètement ce financement ?

ECD : Pour ce qui est des chiffres, ils sont fixés par le ministère de la Santé. Nous, on demande un certain nombre de postes. Par exemple, on dit que dans l’équipe, on aimerait avoir un médecin, un infirmier praticien, une infirmière et ainsi de suite. Sur la base du nombre de personnes dans ces équipes, le ministère détermine le nombre de patients qui doivent être rattachés à notre clinique. Dans notre cas, ce chiffre est de 4 800.

Le financement nous donne la possibilité d’embaucher un certain nombre de professionnels de la santé. Chez nous, tous les professionnels de la santé sont salariés : les médecins, les infirmiers et ainsi de suite. Ça nous permet d’avoir une équipe qu’on appelle interdisciplinaire pour répondre aux besoins des patients. C’est important pour nous d’être capables d’aller chercher, par exemple, un diététiste, un physiothérapeute ou un thérapeute en santé mentale. Ce ne sont donc pas seulement les rendez-vous classiques, mais toute une équipe autour qui peut aider le patient dans différentes dimensions de sa santé.

LR : Quels sont les principaux défis à relever pour mettre cette clinique en place et rejoindre effectivement les francophones qui en ont besoin, notamment en matière de recrutement, de visibilité et d’accessibilité des services ?

ECD : Je dirais qu’il y a trois principaux défis dans les prochaines étapes. Avant d’ouvrir, il y a d’abord le recrutement de professionnels bilingues. C’est un défi parce que ce n’est pas facile de trouver des professionnels de la santé, surtout dans certaines spécialités.

Le deuxième défi, c’est le côté opérationnel. C’est beaucoup de travail de mettre sur pied une clinique, d’effectuer les travaux, d’acheter le matériel et ainsi de suite.

Le troisième défi, c’est de faire connaître notre service et de nous assurer que les personnes qui en ont besoin savent qu’elles peuvent avoir accès à des soins primaires en français. Nous accueillons les nouveaux arrivants à l’aéroport Pearson parce qu’on a un mandat avec Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). On va s’assurer que, lorsqu’ils arrivent, ils sachent que des services de santé en français sont offerts à Toronto.

On travaille aussi avec les médias francophones pour faire connaître les services et avec nos partenaires : les écoles, les collèges, les universités et les organismes communautaires. On s’assure d’avoir une campagne de communication multidimensionnelle pour rejoindre au mieux les gens là où ils sont.

LR : Au-delà de cette nouvelle clinique, comment voyez-vous le rôle de la CFGT dans la vitalité de la francophonie du Grand Toronto, et quelles actions ou ressources supplémentaires seront nécessaires dans les prochaines années pour mieux répondre aux besoins de cette communauté ?

ECD : Nous sommes un organisme très multidisciplinaire, donc on a beaucoup de services de nature différente. Ce qu’on essaie de faire, c’est de réfléchir aux services essentiels dans la vie de quelqu’un et à la manière dont on peut s’assurer de les offrir, soit nous-mêmes, soit en complémentarité avec d’autres organisations. On n’a pas besoin de tout offrir. S’il y a d’autres organismes qui le font, tant mieux, on travaille sur un continuum de services. 

On a parlé de la santé mentale. On offre aussi des services en petite enfance, en emploi, en matière juridique, en accès au logement, ainsi que des services liés à l’établissement des nouveaux arrivants. Ce qu’on fait maintenant, c’est essayer d’approfondir certains de ces services et de voir ce qu’on peut offrir de plus et de mieux pour répondre aux besoins.

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