
Et si les soins de santé mentale commençaient derrière un écran ?
Trouver de l’aide en santé mentale ne signifie pas nécessairement prendre rendez-vous avec un professionnel. Pour certaines personnes, une démarche peut commencer derrière un écran, à leur propre rythme. C’est notamment ce que propose Équilia, une plateforme qui offre des programmes d’autosoins en français pour différents enjeux de santé mentale.
Crédit visuel : Photo de courtoisie
D’abord développée en Australie, puis adaptée au contexte francophone par des équipes de recherche québécoises et ontariennes, Équilia rassemble des programmes portant sur différents enjeux de santé mentale, principalement sur l’anxiété et la dépression, ainsi que sur des événements difficiles. Chaque programme est divisé en plusieurs modules.
« Chaque module commence par une histoire illustrée », explique Maud Mediell, associée de recherche à l’Institut du Savoir Montfort et responsable de l’évaluation des activités et du développement d’Équilia. Les modules prennent ainsi la forme de bandes dessinées qui présentent différentes situations auxquelles les utilisateur.rice.s peuvent s’identifier. Celles-ci sont suivies d’un résumé et d’exercices visant à développer des outils pour mieux composer avec les difficultés rencontrées.
Un projet qui traverse les frontières
Derrière Équilia se trouve un projet de recherche qui a progressivement traversé les frontières. En 2017, des chercheurs de l’Université de Sherbrooke ont proposé d’adapter les programmes australiens de THIS WAY UP aux réalités des francophones du Canada. Deux ans plus tard, l’Hôpital Montfort entreprend à son tour la mise en place d’un programme de télésanté mentale destiné aux francophones en situation minoritaire.
Depuis, de nouveaux programmes ont été adaptés et ajoutés à la plateforme, tandis que les équipes poursuivent leurs travaux pour évaluer leur utilisation au Québec et en Ontario.
Pourquoi offrir des soins en français ?
Au-delà de l’accès à une ressource, la langue dans laquelle une personne reçoit des soins peut aussi influencer son expérience. En santé mentale, pouvoir mettre des mots sur ses émotions, ses symptômes ou des situations personnelles dans la langue dans laquelle on est le plus à l’aise peut prendre une importance particulière. Pour les francophones en contexte minoritaire, cette possibilité n’est toutefois pas toujours garantie. Selon les données de Statistique Canada issues de l’Enquête sur la population de langue officielle en situation minoritaire de 2022, moins de la moitié des francophones hors Québec qui considèrent important de recevoir des soins en français déclarent en recevoir toujours ou souvent.
« Équilia est une façon d’élargir l’accès aux soins pour les francophones en situation minoritaire en Ontario et de créer un pont vers d’autres services pour l’obtention de soins », explique le Dr Rock-André Blondin, psychologue-chercheur à l’Hôpital Montfort et codirecteur de l’équipe Équilia.
Pour lui, l’objectif n’est toutefois pas de proposer une solution unique, mais de multiplier les possibilités pour répondre aux différentes réalités et aux différents besoins. Certaines personnes peuvent préférer l’auto-soin en ligne, alors que d’autres auront besoin d’un suivi avec un psychologue, d’une consultation en personne ou d’un accompagnement psychiatrique.
Un parcours en plusieurs étapes
Équilia s’inscrit dans un programme de soins en étapes à l’Hôpital Montfort. La plateforme constitue la première étape du programme. Lorsque les modules ne suffisent pas à répondre aux besoins d’une personne, celle-ci peut être orientée vers une deuxième étape, qui comprend notamment des services psychologiques. Une troisième étape peut ensuite comprendre une évaluation psychiatrique, par exemple pour un ajustement de la médication.
Ce modèle permet aussi de tenir compte des réalités régionales. L’équipe travaille avec différents partenaires partout en Ontario afin de faciliter les références lorsque les utilisateur.rice.s souhaitent poursuivre leur démarche dans leur communauté.
« Nous avons une série de partenaires, dont le Centre francophone du Grand Toronto et Ontario Shores, explique Mediell. […] Si nous n’avons pas la capacité de les suivre ou de leur offrir les étapes suivantes, nous pouvons les orienter vers l’un de nos partenaires, qui pourra ensuite les diriger vers des services près de chez eux s’ils souhaitent recevoir des soins en personne. »
Selon Mediell, l’objectif est éventuellement d’offrir des services de télésanté aux francophones partout en Ontario.
Une plateforme qui évolue
Maintenir la participation des utilisateur.rice.s jusqu’à la fin des modules demeure toutefois un défi. L’équipe cherche donc à mieux comprendre ce qui favorise l’adhésion.
Malgré cet enjeu, les premières observations de l’équipe sont positives. « Jusqu’à maintenant, les personnes qui ont complété les modules des différents programmes se disent très satisfaites lors des entrevues de sortie », affirme le Dr Blondin. Du côté de l’efficacité, Mediell observe également une réduction des symptômes chez la majorité des patient.e.s ayant utilisé Équilia. Selon elle, la majorité des personnes qui complètent les programmes n’ont pas besoin de poursuivre vers les étapes suivantes du parcours de soins.
Les programmes eux-mêmes continuent d’être adaptés. Certains ont été développés il y a plusieurs années et ont depuis été revus pour mieux tenir compte des principes d’équité, de diversité et d’inclusion, affirme le Dr Blondin. L’équipe a notamment travaillé sur les illustrations et le contenu afin que les personnes qui utilisent Équilia puissent davantage s’y reconnaître.
Une porte d’entrée parmi d’autres
Équilia ne cherche pas à remplacer les autres soins et services en santé mentale, mais à offrir une possibilité supplémentaire aux francophones qui souhaitent commencer une démarche en santé mentale en français. Une démarche qui peut se faire à l’écran, mais qui ne s’y arrête pas nécessairement. Dans un contexte où l’accès aux soins en français demeure un enjeu, cette porte d’entrée pourrait ainsi permettre à certains de faire un premier pas.
