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Poster de la série rebelles

Rebelles : la série d’animation franco-ontarienne couronnée aux prix Gémeaux

Diffusée sur TFO et produite par Space Pirates, la série d’animation Rebelles met en lumière des figures féminines marquantes de l’histoire canadienne, dont les sœurs Desloges. Fraîchement couronnée d’un prix Gémeaux, l’œuvre témoigne de la vitalité de la création franco-ontarienne. La co-productrice et co-réalisatrice, Renée de Sousa revient, pour La Rotonde, sur les coulisses de ce succès. 

Crédit visuel : Courtoisie

La Rotonde (LR) : Qu’est-ce qui a motivé l’équipe de Space Pirates à créer Rebelles et à mettre en lumière des figures historiques comme les sœurs Desloges, Violet King ou Abby Hoffman ? 

Renée de Sousa (RS) : Lorsque l’on a commencé le développement de la série, on nous demandait souvent si c’était toujours pertinent, en 2023, de faire un projet qui met en valeur l’histoire des femmes. Est-ce qu’on n’est pas « over it » ?  Mais dans le climat politique d’aujourd’hui, on ne se fait plus poser la question. Rebelles est non seulement une série qui démontre l’impact concret que ces pionnières ont eu sur notre société, mais elle rappelle aussi que les droits acquis ne sont pas garantis si nos dirigeant.e.s ne partagent pas nos valeurs, et que c’est notre devoir comme citoyen.ne.s de rester vigilant.e.s et engagé.e.s.

LR : Parmi toutes ces figures canadiennes, qu’est-ce qui vous tenait particulièrement à cœur dans le fait de raconter l’histoire des sœurs Desloges et leur combat pour le français en Ontario ? 

RS : Will Cyr et moi avons grandi à Ottawa. L’histoire des sœurs Desloges, c’est une histoire que l’on connaissait dans les faits, mais on n’avait jamais pleinement mesuré l’audace de ces femmes : des sœurs évidemment, mais aussi des mères de famille qui ont tenu la garde à l’école une fois qu’elles l’ont reprise par la force.

Ce sont des femmes qui n’avaient pas le droit de vote, donc pas de voix publique, mais elles ont trouvé le courage de passer à l’action et de défendre ce qui était important pour elles.  J’ai été surprise de constater que si peu de gens connaissaient le combat des sœurs Desloges pour l’école Guigues et le français en Ontario. Je voulais absolument que tout le monde mesure la portée et l’impact de leur lutte.

LR : La série mêle animation et narration dynamique au style « collage/pop ». Pourquoi avoir choisi ce format moderne pour raconter l’histoire de ces pionnières ? 

RS : On savait que l’on voulait un style un peu punk et déjanté à l’image des rebelles. Le choix du style collage s’est fait naturellement. Il nous permettait d’utiliser les quelques images d’archives qui existent pour ces femmes et de tenter quelque chose de nouveau, en utilisant l’intelligence artificielle (IA) pour raconter leur histoire et combler les manques visuels. 

Le style collage nous donnait la latitude artistique nécessaire pour composer avec les imperfections et l’imprévisibilité de cette nouvelle technologie, et en plus, nous avons découvert que le collage a été « inventé » par des femmes de l’époque victorienne, qui s’amusaient à découper des cartes de visite pour la création de tableaux loufoques. Ça nous paraissait donc tout à fait approprié comme direction artistique. 

LR : Quels ont été les défis particuliers en matière de  production et de la main-d’œuvre ? 

RS : On pensait au départ que l’IA nous permettrait d’aller plus rapidement, mais non. Il nous a fallu près de deux ans pour réaliser la série. Lorsque l’on a commencé en 2024, l’IA évoluait tellement vite qu’il nous a fallu plusieurs mois pour établir le look final de la série. Chaque semaine, un nouvel outil apportait de nouvelles possibilités.

Une fois qu’on a établi la signature visuelle, le défi a été de trouver de la main-d’œuvre. C’est une technologie dont les utilisateur.rice.s sont encore peu nombreux.ses et principalement autodidactes. Pour cette série, on ne peut pas travailler en silo, avec chacun.e dans un domaine d’expertise précis. On intègre plutôt plusieurs rôles à la verticale chez une même personne. Donc, on a dû repenser le profil de nos collaborateur.rice.s. C’est d’ailleurs un défi complexe auquel on fait encore face.

LR :   Que représente la victoire du prix Gémeaux de la meilleure émission ou série d’animation, notamment face à la concurrence des productions québécoises ? 

RS : On ne s’y attendait vraiment pas ! Avoir la reconnaissance de la nomination était déjà un honneur, mais remporter le Prix Gémeaux face à une sélection entièrement composée de productions québécoises, alors que le Québec constitue le principal pôle de la télévision francophone au pays, c’est une joie et une fierté immenses. Cela prouve que nos créations franco-ontariennes ont toutes leur place au sommet de l’industrie canadienne.

Dans le communiqué officiel publié par TFO/APFC, l’équipe de production a d’ailleurs appuyé cette victoire en soulignant que : « Recevoir un prix Gémeaux pour la première fois est une belle occasion de reconnaître le talent d’ici et de célébrer l’importance de faire rayonner les histoires de chez nous auprès des jeunes. »

Nous sommes un million de francophones à l’extérieur du Québec et on existe en parallèle depuis trop longtemps. On vit tou.te.s des réalités linguistiques et culturelles similaires, et on mène tou.te.s à peu près les mêmes combats quotidiens. Ce n’est pas toujours facile d’être Franco-Canadien.ne, mais ce n’est pas impossible.

Cette année, il y a trois séries francophones produites à l’extérieur du Québec qui ont remporté un prix Gémeaux, et c’est sans compter toutes les nominations en plus. Une victoire pour l’un d’entre nous, c’est une visibilité pour tous. Chaque année, on continue de prendre notre place et de réaffirmer notre présence sur la scène nationale. 

LR :  Comment s’est concrétisée la collaboration avec le diffuseur TFO pour propulser Rebelles ? 

RS : TFO est le diffuseur francophone par excellence en Ontario. C’était un pur bonheur et une évidence de collaborer avec TFO, parce qu’on partage exactement la même mission : créer du contenu de qualité pour la prochaine génération de francophones. 

LR : Avez-vous eu des retours d’écoles, de jeunes ou de familles francophones depuis la diffusion de la série ? 

RS : Oui, énormément de retours positifs de la part d’écoles et d’organismes qui nous ont remerciés d’avoir donné une voix à ces femmes parfois méconnues ou oubliées. On continue d’animer des ateliers dans lesquels on échange avec les jeunes sur la forme et le contenu de la série. Rebelles est un moyen pour les jeunes Franco-Canadien.ne.s d’apprendre à connaître l’histoire de leur pays sous un autre angle. On a tellement appris en créant la série, et synthétiser toutes ces informations complexes et nuancées de façon ludique et divertissante est un défi que l’on adore relever.

LR : Quel message espérez-vous que Rebelles transmette à la jeunesse francophone d’aujourd’hui ?

RS : Il ne s’agit pas d’être « rebelle » de façon gratuite ou dans le vide. Être rebelle, au sens de la série, c’est avoir l’intelligence, la méthode et le courage de défendre ce en quoi on croit pour rendre la vie un peu plus juste pour tout le monde. Mon message pour les jeunes, c’est d’oser. Il faut rester engagé, vigilant et surtout se rappeler qu’avec assez de ténacité, d’audace et de persévérance, on peut réussir à changer les choses.  

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