
UbiMyTherapist, le thérapeute virtuel en cours de téléchargement
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique
Article rédigé par Ingrid Kouakou — Journaliste
Le projet UbiMyTherapist prend vie sur le campus de l’Université d’Ottawa. Porté par le Dr Karim Alghoul, sous la supervision des professeurs Hussein Al Osman et Abdulmotaleb El Saddik de la Faculté de génie de l’Université d’Ottawa, ainsi que de Raina Sharma, une étudiante en psychologie , cet assistant thérapeutique virtuel propose de veiller sur l’équilibre émotionnel.
Vers une technologie plus humaine
UbiMyTherapist n’est encore qu’un prototype prometteur. La prochaine étape pour l’équipe est de collaborer plus étroitement avec le département de psychologie pour affiner les mécanismes d’adaptation comportementale, précise Alghoul.
Selon lui, la technologie doit rester un outil qui aide à atteindre des objectifs de bien-être, sans jamais devenir une fin en soi. L’importance de préserver la vie sociale et les connexions réelles reste primordiale.
UbiMyTherapist ne vient pas d’une volonté mercantile, mais d’une démarche humaine. Alghoul s’est inspiré de la situation en santé mentale au Liban, pays marqué par les crises et les déplacements de population sans accès aux soins pour imaginer cet outil.
Il l’a ensuite adapté à la réalité canadienne où près de 30% des personnes touchées par des troubles mentaux peinent à obtenir de l’aide rapidement. Loin d’un projet à but lucratif, cette initiative universitaire se veut une réponse solidaire et concrète à la détresse psychologique étudiante.
Fonctionnement de UbiMyTherapist
Tout repose sur l’informatique affective, nous explique Alghoul. En réalité, il s’agit d’un domaine interdisciplinaire qui permet aux systèmes de reconnaître, d’interpréter et de répondre aux émotions humaines.
Grâce à la photopléthysmographie (PPG), en émettant une lumière (souvent verte) à travers la peau, le capteur mesure les infimes variations de volume sanguin à chaque battement de cœur.
C’est ici que l’intelligence artificielle entre en jeu. Pour éviter les fausses alertes, l’algorithme croise les données cardiaques avec l’accéléromètre de l’appareil (qui mesure les mouvements).
Selon le chercheur, si votre cœur s’emballe alors que vous courez pour attraper le bus, l’IA saura qu’il s’agit d’un effort physique. En revanche, si votre rythme cardiaque grimpe en flèche alors que vous êtes assis.e, immobile, l’IA détecte une anomalie physique propre au stress ou à l’anxiété.
En analysant la variabilité du rythme cardiaque (VRC), l’algorithme est capable de détecter la signature unique de nos tempêtes émotionnelles. Dès qu’un pic d’anxiété ou de détresse est repéré, l’application s’éveille proactivement pour proposer un exercice de cohérence cardiaque ou entamer la discussion avant que la crise ne s’installe, rassure Alghoul.
De plus, pour éviter les dérives des agents conversationnels classiques comme ChatGPT ou Gemini qui peuvent parfois donner des conseils inadaptés, l’équipe utilise la méthode de génération augmentée (RAG). UbiMyTherapist est ainsi techniquement verrouillé: il est strictement programmé pour ne puiser ses réponses que dans des bases de données médicales et des protocoles de thérapie cognitivo-comportementale validés par des experts.
Le rôle du psychologue
Les chercheurs se veulent rassurants: l’IA n’est pas là pour remplacer les thérapeutes, mais pour agir comme assistant interdisciplinaire selon le concept de «l’humain dans la boucle» (human in the loop).
Disponible sur nos smartphones, smartwatch, tablettes et ordinateurs, elle sert d’outil de soutien pour accompagner l’utilisateur.trice au quotidien, notamment entre deux séances mensuelles de thérapie.
C’est pourquoi l’application intègre une frontière technologique très stricte sous la forme d’un protocole (un bouton de détresse) qui désactive immédiatement l’IA pour rediriger l’utilisateur vers le 911 ou des lignes de préventions du suicide en cas de crise sévère.
C’est précisément en raison de ces limites techniques que le projet UbiMyTherapist est exclusivement conseillé pour les personnes présentant des crises légères à modérées.
“Une détresse psychologique aiguë ou sévère exige une analyse clinique humaine complexe, une intervention active que l’algorithme ne peut pas simuler. L’IA prépare le terrain, mais le psychologue reste le seul véritable guide du parcours thérapeutique.”
-Dr Karim Alghoul-
Pour garantir la sécurité des données, l’analyse des émotions se fait localement sur l’appareil sans envoyer les données physiologiques brutes dans des serveurs ou sur le nuage (cloud). Les données d’évolution seront stockées dans un onglet personnel sécurisé (à l’image du dossier MyChart utilisé dans les hôpitaux), permettant à l’étudiant de garder le contrôle exclusif sur ses informations de santé.
