Inscrire un terme

Retour
Chantal Vallée intronisée au temple de la renommée

PORTRAIT : Chantal Vallée, plus que des championnats

Crédit visuel : Photo de courtoisie

Portrait rédigé par Rafaëlle Lazure — cheffe du pupitre Sports et Bien-être

Originaire du Québec, Chantal Vallée n’avait pas prévu de rester à Windsor. Plus de 20 ans plus tard, l’entraîneuse-chef de l’équipe féminine de basketball de l’Université de Windsor  fait son entrée au Temple de la renommée de l’Association de basketball de l’Ontario. Au-delà des des trophées, son parcours est marqué par une langue et une culture qu’elle a toujours préservées. 

Le basketball n’a jamais été pour Vallée une simple passion. Elle voulait en faire son métier et rêvait de devenir entraîneuse professionnelle. C’est cette ambition qui la mène en Ontario en 2005, lorsqu’elle accepte de prendre les commandes des Lancers. Elle arrive à Windsor avec l’idée d’acquérir de l’expérience avant de retourner près de chez elle. 

Ce qui devait être une étape de plus dans son parcours se transforme finalement en une carrière de plus de deux décennies. Vallée construit une véritable dynastie du basketball universitaire féminin à Windsor, accumulant les titres provinciaux et nationaux, dont cinq championnats U SPORTS consécutifs entre 2011 et 2015. Derrière ces victoires se trouve toutefois une entraîneuse qui a dû constamment apprendre à s’adapter et à se réinventer.

Une reconnaissance inattendue

Cette carrière lui vaut aujourd’hui une nouvelle reconnaissance. Vallée a officiellement été intronisée au Temple de la renommée du basketball ontarien le 16 septembre, une nomination qu’elle n’avait pas vue venir. Elle ignorait même avoir été proposée pour l’honneur, jusqu’à ce que Paul Jones, analyste à NBA TV, soumette sa candidature.

« Je me rends compte qu’il y a des gens qui remarquent ce qu’on fait. Ça me donne aussi l’envie de remarquer d’autres personnes, de nommer des gens pour qu’ils puissent recevoir des éloges comme ça. C’est sûr que c’est touchant », raconte Vallée. 

Elle refuse toutefois de voir cette distinction comme une réussite individuelle. Pour elle, les joueuses qui ont porté le maillot des Lancers occupent une place centrale dans cette reconnaissance.

Une identité qui traverse les frontières

Née et élevée au Québec, elle a longtemps évolué dans un environnement où le français allait de soi. Son arrivée à Windsor, dans un milieu largement anglophone, l’a toutefois amenée à composer avec une nouvelle réalité sans mettre son identité de côté.

"Pour moi, la francophonie, c’est tout. C’est ma culture, c’est mon identité. Je la traîne encore avec moi."

- Chantal Vallée -

Même après 20 ans, son accent, les mots qu’elle mélange parfois et les erreurs qu’elle fait encore en anglais témoignent de cette part d’elle-même, ajoute Vallée. 

Son parcours lui a aussi permis de découvrir une francophonie éloignée de celle de son Québec natal, avec sa propre culture et son propre accent. Cette différence s’est même manifestée sur le terrain. Habituée à parler avec les mains, Vallée s’est déjà vu imposer des fautes techniques pour ses gestes lorsqu’elle s’adressait aux arbitres. « Je me suis dit : c’est ma culture, qu’est-ce que je fais ? Je mets mes mains dans mes poches ? ». Elle a finalement trouvé une solution plutôt littérale : acheter des vestes avec des poches pour y glisser ses mains.

Vallée a aussi cherché à s’ancrer dans la communauté franco-ontarienne de Windsor. Son lien avec Radio-Canada Windsor lui permet de continuer à travailler en français, d’abord comme invitée, puis comme chroniqueuse. Une façon de garder la langue au cœur de son quotidien, tout en créant des liens avec la communauté.

Cette présence francophone s’est également transmise aux Lancers. Vallée a accueilli plusieurs joueuses québécoises et francophones au fil des ans. Pour certaines, pouvoir échanger en français avec leur entraîneuse devient un point de repère dans un environnement universitaire anglophone. Ayant elle-même dû s’adapter à une nouvelle langue et une nouvelle culture, Vallée comprend cette réalité. 

Trouver sa place

Dans le milieu largement masculin du sport universitaire, Vallée a souvent été une exception. À l’Université de Windsor, elle est aujourd’hui une des deux seules femmes à occuper le poste d’entraîneuse-chef

« Je me suis souvent retrouvée comme la seule francophone, la seule femme. Il y a eu des défis, j’ai dû passer à travers, bouger et surmonter certaines choses », raconte-t-elle. 

Son parcours a été marqué par des frictions avec certains collègues, mais aussi par le soutien de certaines personnes. « Ça n’a pas été pénible, mais ce n’était pas facile non plus. »

Un héritage qui dépasse les titres

Vallée est fière d’avoir contribué à faire connaître Windsor sur la scène du basketball féminin. Mais son héritage ne se résume pas aux bannières accrochées au plafond.

Chaque nouvelle cohorte représente une occasion de recommencer. Les joueuses arrivent à 17 ou 18 ans et repartent quelques années plus tard transformées. Entre les deux, Vallée évolue elle aussi.

"J’ai vraiment été transformée comme entraîneuse et comme personne à travers mon expérience. J’aimerais que d’autres entraîneurs puissent regarder ça et continuer leur propre cheminement de transformation pour devenir de meilleurs leaders, de meilleures personnes, de meilleurs citoyens et de meilleurs modèles pour tout le monde autour d’eux."

- Chantal Vallée -

Cette philosophie, qui guide sa carrière, elle la résume simplement : « Avant d’essayer de changer les autres, il faut se changer nous-mêmes. »

Et maintenant ?

Pour Vallée, la suite de son parcours ne se joue pas uniquement sur le banc. Elle souhaite continuer à accompagner des femmes dans des rôles de leadership et à contribuer au développement du sport féminin. Elle a d’ailleurs commencé à investir dans le sport professionnel, notamment dans les  Roses de Montréal en soccer et dans la ligue américaine de basketball 3×3 Unrivaled

Après plus de 20 ans à Windsor, Chantal Vallée continue ainsi de chercher la prochaine façon de se transformer et de faire évoluer ce qui l’entoure. Loin du Québec, elle a construit une carrière dans un milieu largement anglophone sans jamais laisser son identité francophone derrière elle. Le français est resté un point d’ancrage, un moyen de tisser des liens et une partie intégrante de la personne qu’elle est devenue. Son parcours témoigne d’une carrière bâtie entre deux cultures, où elle n’a jamais eu à choisir entre sa francophonie et sa place dans le monde du sport.

Inscrivez-vous à La Rotonde gratuitement !

S'inscrire