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Arts et culture

Les armoiries : quand les institutions racontent leur histoire

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique

Article rédigé par Rafaëlle Lazure – Journaliste

Avec l’obtention récente de ses propres armoiries, l’Université de Hearst rappelle que ces emblèmes ne sont pas de simples éléments décoratifs. Derrière l’image de marque de plusieurs établissements postsecondaires francophones et bilingues de l’Ontario se cache ce symbole de tradition bien plus ancienne que les logos quis ont souvent vus.

L’héraldique : une tradition toujours vivante

Héritées de la tradition médiévale, les armoiries servaient d’abord à identifier les chevaliers sur les champs de bataille. Au fil des siècles, elles ont été adoptées par des familles nobles, des villes et de grandes institutions. Contrairement à un logo, qui peut évoluer selon les tendances, les armoiries sont conçues pour durer. Chaque couleur, chaque animal, chaque devise et chaque élément graphique répond aux règles de l’héraldique et possède une signification précise. 

Aujourd’hui, cette tradition se poursuit encore mondialement. Au Canada, l‘autorité héraldique du Canada encadre la création d’armoiries pour les familles, les établissements ou même les individus souhaitant inscrire officiellement leur identité dans cette tradition.

Une nouvelle page pour l’Université de Hearst

L’Université de Hearst s’est jointe à cette tradition en obtenant officiellement ses armoiries le 15 décembre 2025. Dévoilées en juin dernier, elles représentent, selon l’établissement, « bien plus qu’un symbole visuel ». 

Pour Michel Bock, directeur du Centre de recherche sur les francophonies canadiennes et professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa, cette démarche est une étape importante dans l’autonomisation récente de l’Université de Hearst. 

" C'est un paradoxe assez créateur : c'est un vieil établissement qui est en même temps dans un processus de refondation. "

-Michel Bock-

Réalités communes

Bien qu’elles soient propres à chaque établissement, les armoiries des institutions postsecondaires francophones et bilingues de l’Ontario racontent souvent les mêmes réalités : une communauté, un territoire et une mission éducative.

La francophonie y occupe une place importante. Le Registre public des armoiries, drapeaux et insignes du Canada décrit en détail la signification de chacun des éléments qui composent les armoiries. On y apprend notamment que les fleurs de lys, présentes entre autres dans les armoiries de l’Université d’Ottawa, du Collège Boréal et de l’Université de Hearst, rappellent l’héritage français et les liens avec la francophonie. Le trille, emblème floral de l’Ontario, n’est jamais bien loin de la fleur de lys, soulignant, quant à lui, l’ancrage provincial de ces institutions. 

Le trille blanc (Trillium grandiflorum) est la fleur officielle et l'emblème floral de l'Ontario depuis 1937. Reconnaissable à ses trois larges feuilles, ses trois sépales verts et ses trois pétales d'un blanc éclatant, cette plante indigène fleurit dans les sous-bois forestiers entre la fin avril et le mois de juin.
Source: Assemblée legislative de l'Ontario

Le territoire est tout aussi présent. Toujours selon le Registre public, les armoiries de l’Université de Hearst mettent en valeur les épinettes noires, les lynx, les rivières et la taïga pour illustrer son enracinement dans le Nord ontarien.

Le Collège Boréal fait lui aussi référence à ses racines nordiques avec la forêt boréale, l’aurore boréale et les ressources naturelles de la région, tandis que  l’Université Laurentienne illustre le pin blanc, emblématique de la région de Sudbury. 

Enfin, plusieurs éléments rappellent la mission même des établissements d’enseignements supérieurs. Le Registre public explique que les livres ouverts des armoiries de l’Université Laurentienne « symbolisent l’éducation et évoquent les deux langues d’instruction de l’Université de Laurentienne, l’une des rares universités bilingues au Canada ».

Ce symbole se retrouve également dans les armoiries de L’Université d’Ottawa, la plus grande université bilingue français-anglais au monde, où ils abordent la transmission du savoir et la dualité linguistique. 

Pourquoi les armoiries aujourd’hui ?

À une époque où les établissements d’enseignement supérieur misent de plus en plus sur leur image de marque, les armoiries peuvent sembler appartenir au passé. Pour Bock, elles demeurent pourtant un puissant outil de reconnaissance. « Ce sont des symboles qui permettent à l’institution de se faire reconnaître, de s’inscrire dans le temps et dans l’espace, de se donner une identité visuelle », précise-t-il.

Pour les établissements postsecondaires, cette fonction prend une importance particulière. « Les établissements postsecondaires de langue française doivent tailler une place dans un écosystème universitaire et collégial dans lequel ils sont minoritaires », rappelle Bock.

Les armoiries deviennent ainsi bien plus qu’un élément esthétique : elles témoignent de la volonté de ces établissements d’affirmer leur présence et leur héritage au sein du paysage postsecondaire ontarien.

Si les armoiries demeurent un outil d’affirmation pour plusieurs établissements, elles ne constituent toutefois pas la seule manière de représenter une institution. 

Des institutions comme l’Université de l’Ontario Français,  le Collège La Cité, l’Université de Sudbury ou encore l’Université Saint-Paul ne possèdent pas d’armoiries officielles enregistrées auprès de l’Autorité héraldique du Canada. 

Elles misent sur d’autres formes de représentation visuelle, telles que leur logo et leur image de marque. L’absence d’armoiries ne signifie pas pour autant une absence d’histoire ou d’identité institutionnelle. Elle témoigne plutôt de différentes façons de représenter une communauté universitaire, que ce soit par des symboles officiels issus de la tradition héraldique ou par des outils de communication plus contemporains.

Ainsi, pour les établissements qui choisissent de les adopter, les armoiries ne sont pas seulement un héritage du passé. Elles rappellent que les établissements francophones et bilingues de l’Ontario occupent une place qu’ils continuent de construire, d’affirmer et de transmettre aux générations futures. 

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