
Le français a t-il toujours sa place au Conseil d’administration du SÉUO ?
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong – Directrice artistique
Article rédigé par Ingrid Kouakou – Journaliste
Pendant 5 heures, les membres du Conseil d’administration du Syndicat Étudiant de l’Université d’Ottawa (SÉUO) ont échangé uniquement en anglais ce dimanche 21 juin. La première rencontre d’été a porté sur l’adoption d’une série de motions majeures qui redessinent la gouvernance et la vie étudiante sur le campus.
Savrup Kaur Saran, l’organisatrice du Conseil d’administration, prenant en premier la parole en anglais, a précisé l’ordre du jour et lancé les débats sur les réformes. Cette rentrée en matière unilingue a donné le ton d’un conseil où, malgré le statut de bilingue de l’institution, le français s’est fait rare.
Processus budgétaire et maintien des services étudiants (Motion A)
Bien que les documents d’assemblée aient affiché une divergence de dates entre les versions française (2026-2027) et anglaise (2025-2026), prenant également la parole en anglais, la présidente du SÉUO, Elnaz Enayatpour a précisé qu’il s’agissait d’une simple coquille administrative qui sera corrigée, les membres votants sachant pertinemment que les discussions portent sur l’enveloppe de l’année en cours.
Le budget n’a d’ailleurs pas encore été adopté: il a été présenté à trois reprises pour discussion et le vote final est prévu pour la semaine prochaine. Enayatpour a souligné qu’un formulaire de consultation publique a été accessible pendant un mois, recueillant plus de 100 réponses d’étudiants, et que chaque commentaire a été pris en compte.
En ce qui concerne les dépenses, la présidente a rassuré le campus: aucun service étudiant n’est touché par des coupes budgétaires. Certaines enveloppes ont même été augmentées, comme celle de la Banque alimentaire, ou ajustées afin d’ajouter de nouveaux programmes pour le Centre des droits des étudiant.e.s.
Questionnée sur le maintien des allocations mensuelles de transport et de télécommunications pour les commissaires, la présidente a défendu une mesure d’équité économique. Ces avantages, bien que «très rarement utilisés», visent à garantir que la précarité technologique à domicile ne soit pas un frein au travail, et à compenser l’absence de U-Pass pour les membres de l’Exécutif, qui ont un statut d’étudiant.e.s à temps partiel.
Un projet de café étudiant à but non lucratif (Motion E)
La Motion E autorise un paiement de 72 933,97 $ à la firme Ottawa General Contractors pour l’aménagement d’un espace d’étude et d’un café à but non lucratif géré par des étudiant.e.s dans l’ancien local de la RBC.
Pour ce projet, le Conseil a voté un amendement afin de suspendre temporairement la politique d’approvisionnement qui exige normalement l’obtention de trois soumissions distinctes.
Enayatpour explique ce choix par un souci d’efficacité administrative. Selon elle, multiplier les devis aurait nécessité plusieurs semaines de planification et de coordination avec différentes entreprises pour utilement n’en retenir qu’une seule.
L’administration a donc choisi de demander un devis définitif à une seule compagnie possédant déjà une solide expérience dans des projets similaires. Le Conseil d’administration a approuvé et suivi cette démarche, dont l’exécution reste suspendue à l’approbation écrite de l’Université.
L’Ombudsman aboli
La Motion D entérine la dissolution du poste d’Ombudsman indépendant pour le remplacer par une présidence du Comité d’appel. Bien que ce changement soulève des questions sur l’indépendance de cette nouvelle structure dont la rémunération sera fixée par le Comité des finances et la destitution possible à la majorité simple, l’exécutif présente cette réforme comme une transition technique et planifiée.
La présidente du SÉUO a révélé que cette restructuration émane d’une recommandation de l’ancienne ombudsman elle-même, afin de permettre à cette tierce partie neutre de se concentrer exclusivement sur les appels grâce à un mandat plus clair.
Concernant les modalités de destitution, Enayatpour a précisé qu’une révocation ne pourra se faire que «With cause» , traduisez: pour motif grave et justifié, protégeant ainsi le poste contre toute ingérence politique sous peine de répercussions juridiques.
Encadrement et sécurité pour la Semaine 101 (Motion G)
Adoptée, la Motion G interdit désormais l’accès aux événements avec l’alcool aux participant.e.s mineur.e.s et limite à 2 kilomètres les déplacements à pied des nouveaux et nouvelles étudiant.e.s depuis le campus ou les stations de transport en commun. L’article 13.4 prévoit également qu’une coupure de privilèges pour un groupe d’animation ne peut pas être contestée.
Il ne s’agit pas de mesures restrictives, mais de protocoles de sécurité essentiels pour prévenir des accidents survenus par le passé, a expliqué Enayatpour. Le retrait des privilèges ou des bracelets demeure une mesure d’exception, réservée aux situations de mise en danger, a-t-elle précisé. Toutes ces règles ont été élaborées de manière stricte et en concertation avec les associations étudiantes facultaires ajoute Enayatpour.
Gestion de l’engagement et réalité du bilinguisme (Motion C et F)
Le Conseil d’administration du SÉUO fait face à un enjeu de taille: près de la moitié des sièges de directeurs sont actuellement vacants, privant plusieurs facultés comme les facultés des Arts, de Médecine et de Droit de représentants actifs. Pour s’ajuster à cette baisse de participation, l’Exécutif a proposé, via les Motions C et F, d’alléger la bureaucratie interne en ramenant les assemblées générales des clubs à une seule par année et en espaçant la fréquence des réunions de certains comités sectoriels qui peinent à atteindre le quorum.
Le Comité des affaires francophones fait partie des instances visées par ce réajustement de calendrier. Cette réalité structurelle s’est reflétée lors de la réunion du 21 juin, où l’essentiel des délibérations s’est déroulé en anglais, à l’exception de quelques interventions en français.
Enayatpour a rappelé que si le bilinguisme est une obligation constitutionnelle pour les membres de l’exécutif, il ne l’est pas pour les administrateurs du Conseil, qui sont majoritairement anglophones.
Elle a réfuté toute volonté de restreindre la place du français, expliquant que l’espacement des réunions de la Motion C vise plutôt à libérer du temps pour le commissaire aux affaires francophones afin de rendre les séances plus productives. Pour remédier aux chaises vides, l’exécutif s’est engagé à mener une campagne de sensibilisation massive pour stimuler les candidatures en vue des prochaines élections.
