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Illustration montrant une scène de théâtre, le public et la logistique en arrière de la scène.
Arts et culture

Entre réalités étudiantes et théâtrales : les défis de produire une pièce

Avant la première d’une pièce théâtrale, plusieurs semaines et plusieurs heures peuvent être consacrées à sa conception. Auditions, mise en scène, répétitions, décors, coordination : derrière les deux heures sur scène se cache un travail collectif qui peut comporter de nombreux défis. Chaque étape demande de composer avec la réalité universitaire des étudiant.e.s, leurs ressources et leurs ambitions théâtrales.

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique

Un long processus

À l’Université d’Ottawa (U d’O), Tina Goralski, directrice de production et professeure au Département de théâtre, s’occupe de gérer et d’organiser les répétitions et les horaires des étudiant.e.s en plus d’assurer la mise en place de huit productions au cours de l’année scolaire. Elle explique que le processus commence dès janvier. C’est à ce moment que les metteur.se.s en scène sont choisi.e.s, afin de tenir compte de leurs horaires chargés et de réserver leurs créneaux à l’avance,   avant qu’iels ne soumettent les textes qu’iels souhaitent adapter. Elle précise qu’avant que les répétitions ne débutent, la production a une idée générale des costumes, de la conception du corps, et de l’environnement sonore. Ainsi, « les répétitions commencent très tard dans le processus ».

Contrairement au programme de théâtre, le Club de théâtre de l’U d’O (CTUO) vient tout juste de débuter son processus de production. Nélia Hassan Farah, étudiante en sciences politiques et histoire et metteuse en scène de Huis Clos, travaillera, une fois les auditions terminées, avec chacun des acteur.rice.s pour créer leur personnage. Ce n’est que plus tard qu’elle travaillera sur les aspects techniques.

De son côté, Cédric Duchesne, étudiant en pratique théâtrale et co-metteur en scène du Petit Prince, prévoit faire le contraire : penser d’abord à la conception artistique – ce qui se fait habituellement plus loin dans le processus. « On essaie de commencer par ça parce que c’est l’une des choses qu’on veut vraiment faire ressortir des spectacles », confirme Duchesne.

Le choix d’une œuvre

Pour Farah, la possibilité de représenter « l’histoire de l’enfer des autres » l’a poussée à produire la pièce Huis Clos. « C’est très simple comme histoire, mais avec beaucoup de leçons de vie à l’intérieur », développe-t-elle.

Duchesne, lui, a fait un choix plus nostalgique. Pour lui, Le Petit Prince était une pièce importante à produire puisque c’est un roman que la majorité de la population a connu et que lui-même à lu au primaire et au secondaire. « Ce que j’aime de la pièce, c’est que le message change tout indépendamment de l’âge du lecteur, de où est-ce qu’iels sont dans leur vie. L’histoire et la morale qu’on ressort du livre changent au travers des années », affirme-il.

Créer avec les moyens du bord

Au-delà des choix artistiques, les productions doivent également composer avec des ressources limitées. Pour le CTUO, le budget influence notamment les choix liés aux décors et aux matériaux. Farah explique que l’équipe tente de récupérer le maximum de dons, comme des matériaux de construction et de faire appel à des ressources personnelles pour aider à la réalisation des décors. « On essaie vraiment de faire du mieux qu’on peut avec le budget qu’on a », résume-t-elle.

La réutilisation des décors est également une manière de réduire les coûts. Au Département de théâtre, Goralski explique que plusieurs éléments sont entreposés dans des espaces de rangement afin de pouvoir être réutilisés dans différentes productions. Elle donne l’exemple de leur prochaine pièce, Faire le bien, dont les décors proviennent entièrement de leur stock. Cela permet non seulement d’économiser de l’argent, mais aussi de réduire le temps de construction. Cette initiative s’inscrit aussi dans l’esprit écoresponsable du Département, ajoute la professeure.

Cette option n’est toutefois pas envisageable pour le CTUO en raison du manque d’espace de rangement. Farah explique qu’après les productions, certains éléments des décors sont donnés ou mis aux enchères au sein de l’équipe, même si ceux-ci pourraient servir à nouveau.

Les contraintes ne se limitent cependant pas au budget et aux biens matériels. Dans une production théâtrale, le plan initial ne fonctionne pas toujours. Pour Goralski, il est primordial d’avoir plusieurs plans de secours si le premier tombe à l’eau. C’est d’ailleurs quelque chose qu’elle enseigne aux étudiant.e.s, parce que c’est une réalité du milieu théâtral. Elle aime souvent dire à ses élèves : « Si ta première idée ne fonctionne pas, qu’est-ce que tu vas faire ? Et c’est quoi ton plan de backup ? ».

« Le département de théâtre, c'est drôle à dire, mais c'est un endroit où l’on peut échouer et apprendre de nos erreurs pendant notre formation. »

- Tina Goralski -

Les réalités étudiantes

Au-delà des considérations artistiques et techniques, les productions doivent aussi composer avec une réalité bien précise : elles sont composées d’étudiant.e.s. Pour Goralski, l’organisation des répétitions et des rencontres est un véritable défi. Elle explique s’être créée une adresse courriel distincte, simplement pour éviter de se perdre et de mieux organiser la trentaine de calendriers étudiants. « Il arrive malheureusement que les étudiant.e.s ne puissent pas se présenter à une réunion de production. C’est la réalité. On ne va jamais demander aux étudiant.e.s de manquer un cours pour une répétition ou une réunion de production », précise-t-elle.

Cette réalité se reflète aussi dans l’expérience des membres de production. Duchesne souligne que les personnes qui participent au Petit Prince proviennent de différents programmes et possèdent différents niveaux d’expérience. Pour lui, cette diversité demande de s’adapter aux personnes avec qui il travaille, mais permet aussi de rassembler des étudiant.e.s qui ne se seraient peut-être pas rencontré.e.s autrement autour d’une même passion.

Du côté de Huis Clos, l’équipe de Farah rassemble également des personnes ayant différents niveaux d’expérience. Elle souhaite ainsi adapter son approche à chaque personne pour  l’accompagner dans la création de leur personnage.

Cette charge de travail dépasse d’ailleurs largement ce que le public voit une fois dans la salle. Les étudiant.e.s doivent répéter en dehors des périodes prévues, tandis que les équipes techniques consacrent de longues heures à la préparation de la production. Pourtant, une fois les lumières allumées, tout ce travail doit se faire oublier pour laisser place au spectacle.

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