Le Parti québécois (PQ) a remporté les élections provinciales du 5 octobre au Québec, sans obtenir la majorité des sièges. Son chef, Paul St-Pierre Plamondon, a promis un référendum sur l’indépendance. Cette victoire relance le débat sur l’avenir de la francophonie canadienne hors Québec, notamment sur les relations entre Québec et Ottawa et sur l’immigration francophone.
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Une victoire en demi-teinte
Le Parti québécois (PQ) a remporté le scrutin du 5 octobre avec 59 des 127 sièges de l’Assemblée nationale, soit 28,0 % des voix, sans atteindre les 64 sièges nécessaires pour obtenir la majorité. Son gouvernement devra composer avec l’opposition pour faire adopter ses projets, et sa survie dépendra de la confiance des autres partis.
Le PQ s’est engagé à tenir un référendum sur l’indépendance du Québec pendant son mandat. Le contexte nord-américain, marqué par les relations tendues avec les États-Unis, pourrait aussi influencer le calendrier d’une éventuelle consultation.
Le parti a dirigé le Québec de 1976 à 1985, puis de 1994 à 2003. Il a également organisé les référendums de 1980 et de 1995, tous deux remportés par le camp du non. Il a aussi formé un gouvernement minoritaire sous Pauline Marois de 2012 à 2014, sans tenir de référendum. Ces deux consultations ont également eu des répercussions sur les communautés francophones des autres provinces, dont les réactions ont été contrastées.
Un référendum à l’horizon, mais pas pour tout de suite
Le projet d’indépendance revient à l’ordre du jour politique, sans toutefois figurer parmi les priorités immédiates. Selon André Lecours, professeur à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, le PQ a promis un référendum, mais « évidemment pas aussi longtemps que Donald Trump sera président des États-Unis ». Le sujet est donc toujours présent, mais « en pénombre », selon le professeur.
Lecours précise qu’« on ne verra probablement pas de référendum avant deux ans ». Le caractère minoritaire du gouvernement ajoute à l’incertitude. Celui-ci pourrait tomber au moment même où il s’apprêterait à tenir une consultation. Même en retrait, le sujet continuera, selon lui, d’influencer la dynamique politique québécoise dans les années à venir.
Des sentiments partagés, de 1980 à aujourd’hui
« Les référendums de 1980 et de 1995 ont été des moments déchirants pour les communautés francophones hors Québec », affirme Michel Bock, directeur du Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF) et professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa. En 1980, « aucun consensus n’a pu être établi ». « En Acadie, on éprouvait une certaine sympathie pour le projet indépendantiste », explique-t-il. Le Parti acadien (1972-1982), qui revendiquait la création d’une province acadienne autonome, s’inspirait d’ailleurs en partie du modèle du PQ.
« Dans l’Ouest, on était plus critique envers les souverainistes », ajoute Bock. De leur côté, l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) et la Fédération des francophones hors Québec (FFHQ), qui chapeautait les associations provinciales, ont choisi la neutralité. En 1995, « l’option fédéraliste avait cependant progressé parmi les associations représentant les communautés francophones minoritaires » poursuit Bock.
« Le projet national québécois, dans sa forme actuelle, est relativement récent, et s’est consolidé pendant la Révolution tranquille des années 1960 », rappelle Bock. Auparavant, le projet national englobait l’ensemble des communautés, à l’exception de l’Acadie, qui possédait déjà une identité nationale partiellement autonome et « se montrait parfois réticente à se laisser embrigader sous le chapiteau de ce qu’on appelait la “nation canadienne-française” ». Depuis les années 1960, « les relations se sont complexifiées entre le Québec et les communautés francophones minoritaires, sans toutefois disparaître ». « On assiste encore, à l’occasion, à l’activation des vieux ressorts de la solidarité “canadienne-française” d’autrefois », note-t-il.
Peu de changements à court terme, des dossiers à surveiller
Les deux experts s’entendent sur un point : la victoire du PQ devrait avoir peu de conséquences immédiates pour les communautés francophones hors Québec. « Le phénomène ne changera pas grand-chose à court terme, d’autant que le gouvernement est minoritaire », affirme Bock.
« Je pense que l’impact est minime », estime Lecours, qui rappelle que « le gouvernement du Québec n’a aucune juridiction sur les francophones qui vivent à l’extérieur de cette province-là ». Selon lui, les relations entre le Québec et ces communautés reposent principalement sur des engagements politiques et symboliques.
Le PQ est traditionnellement favorable aux communautés francophones hors Québec, note Lecours, mais la Coalition avenir Québec leur accordait également de l’importance, « dans une certaine mesure ». Un gouvernement péquiste pourrait toutefois être « plus prompt à les défendre » si certaines communautés entraient en conflit avec leur gouvernement provincial. Il évoque aussi une possible intensification des tensions entre Québec et Ottawa, qui pourrait avoir des répercussions indirectes sur ces communautés.
L’immigration est un autre dossier sensible. Le PQ s’est engagé à fixer les seuils d’immigration permanente à environ 35 000 personnes par an et à réduire au moins de moitié l’immigration temporaire au Québec. De son côté, Ottawa a fixé à 9 % la cible d’admissions de personnes résidentes permanentes d’expression française hors Québec pour 2026, et prévoit de la porter à 10,5 % en 2028.
Lecours apporte toutefois une nuance, l’immigration est un sujet controversé partout au pays, et l’enjeu concerne principalement la répartition des cibles fédérales entre les provinces. Dans certaines provinces, des communautés souhaiteraient accueillir davantage de personnes immigrantes francophones, mais leur gouvernement pourrait s’y opposer. Les cibles, précise-t-il, sont établies à la suite de négociations entre Ottawa et les provinces, et non par les communautés.
Les grands absents de la campagne
« Les communautés francophones hors Québec n’ont fait l’objet d’aucune discussion substantielle lors de cette campagne électorale », constate Bock. À sa connaissance, seuls le PQ et le Parti libéral du Québec (PLQ) les mentionnent brièvement dans leurs documents officiels.
Selon Bock, le Livre bleu du PQ affirme que le Québec a des responsabilités envers les communautés francophones du Canada. Le document prévoit aussi, en cas d’indépendance, un accès accéléré à la citoyenneté québécoise, sur demande, pour les personnes de citoyenneté canadienne vivant hors Québec et ayant suivi leurs études primaires et secondaires en français. Le PLQ affirme vouloir continuer à soutenir le Centre de la francophonie des Amériques.
Quelques semaines avant le scrutin, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) a publié un document appelant à renforcer la solidarité avec le Québec, sans prendre position dans le débat référendaire.


