Transports à Ottawa : un rapport préliminaire porté par les jeunes, pour les jeunes

Ingrid Kouakou

3 novembre 2026
Un livre ouvert et un autobus au dessus avec des étudiants à côté

À la suite d’ateliers de co-création menés à l’été 2026, le Club Opti-Jeunesse des Jeunes Adultes (COJA), en partenariat avec le Change Makers Club of Canada (CMC), a publié, le 1er octobre, un rapport préliminaire intitulé Perspectives Jeunesse sur les Transports à Ottawa. Ce document de 39 pages analyse les défis de la mobilité des jeunes à Ottawa.

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong – Directrice artistique

Le transport comme facteur d’autonomie

Si ce projet a vu le jour, c’est d’abord pour combler un vide. Les jeunes, qui représentent pourtant une proportion majeure des personnes utilisant le transport en commun et du transport actif, ont bien trop souvent l’impression d’être ignorés lors des consultations publiques traditionnelles menées par la Ville.

Plutôt que de subir ce silence, l’équipe a mis en place des séances de co-création fondées sur une méthode de pensée design (design thinking). L’objectif n’était pas seulement de recenser des doléances, mais de faire émerger des solutions concrètes à partir des expériences vécues par les jeunes.

Pour la jeunesse ottavienne, le transport ne se résume pas à un déplacement d’un point A à un point B : c’est un facteur qui conditionne la gestion du temps, l’autonomie financière et l’accès aux études ou au marché du travail. Le réseau est perçu comme une chaîne continue où le moindre maillon faible, qu’il s’agisse d’un abri non chauffé, d’un retard de service ou d’un aménagement hivernal déficient, compromet l’ensemble du trajet.

Sécurité, genre et infrastructures hivernales

Le document aborde également les enjeux liés au sentiment d’insécurité, particulièrement chez les jeunes femmes se déplaçant en soirée dans des zones mal éclairées. Le rapport présente des stratégies d’évitement ou de précaution adoptées par les usagères, telles que l’attente à proximité de commerces ou le partage de leur position géographique.

Du côté du transport actif, les personnes ayant rédigé le rapport soulignent les répercussions de l’entretien hivernal. Le déneigement prioritaire des axes routiers au détriment des trottoirs et des pistes cyclables complique les déplacements des cyclistes et des personnes à mobilité réduite.

Des profils types pour illustrer les constats

Pour illustrer ces difficultés, le rapport s’appuie sur des personas (profils types fictifs) bâtis à partir des données recueillies lors des ateliers de co-création: 

  • Sara, étudiante en ingénierie, est confrontée à un retard de bus non signalé dans l’application de transport, ce qui l’oblige à payer une course en taxi pour arriver à l’heure à son examen.
  • Kaya, étudiante en biologie, doit composer avec des correspondances et des annulations de train après un quart de travail en soirée, ce qui complique davantage son emploi du temps déjà chargé, notamment lorsqu’elle doit assister à un laboratoire le lendemain matin.
  • Jordyn, étudiant à Vanier, voit le temps consacré à ses études et à son engagement communautaire réduit par les correspondances manquées.

À travers ces récits, le rapport conclut que chaque maillon défaillant du réseau a des conséquences directes sur la vie des personnes qui l’utilisent, qu’il s’agisse de stress, de temps perdu ou de dépenses imprévues, et démontre l’importance d’adapter le réseau aux parcours réels des jeunes.

Les recommandations formulées

Le rapport présente plusieurs pistes d’amélioration suggérées par les personnes participantes pour orienter les décisions des responsables de la planification urbaine :

Fiabilité : améliorer la précision du suivi GPS en temps réel, renforcer les services nocturnes et optimiser la coordination aux points de correspondance.

Infrastructures : installer des abris chauffés en hiver, aménager des espaces ombragés en été et améliorer l’éclairage des zones isolées.

Sécurité et accessibilité : intégrer les principes d’accessibilité dès la conception des projets d’infrastructure et offrir des formations de sensibilisation au personnel des transports en commun.

En somme, ces recommandations rappellent que, pour bâtir un réseau véritablement efficace, la Ville d’Ottawa doit aller au-delà des infrastructures de surface et concevoir chaque aménagement en fonction des besoins des personnes les plus vulnérables.

Les prochaines étapes : de la consultation à l’action

La publication de cette version le 1er octobre a marqué  le coup d’envoi d’un mois de consultations publiques. Durant cette période, l’équipe a recueilli  les commentaires du grand public, des médias et des parties prenantes (ces commentaires peuvent toujours être transmis par courriel aux équipes du COJA ou du CMC). L’objectif est également de partager le document avec divers organismes partenaires souhaitant faire front commun pour un meilleur système de transport.

En novembre, une version finale bonifiée sera officiellement publiée et présentée au personnel de la Ville, à la direction d’OC Transpo ainsi qu’aux membres du conseil municipal. À plus long terme, les responsables du projet espèrent organiser de nouvelles séances de co-création, intégrer la perspective des jeunes en milieu rural et tisser de nouveaux partenariats. Pour suivre l’évolution du projet, le public est invité à consulter les publications du COJA sur Instagram et LinkedIn, ainsi que celles du CMC sur LinkedIn.