Les libéraux ontariens ont demandé la démission du ministre Nolan Quinn après des allégations de fraude liées au Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario (RAFÉO). Ces révélations surviennent dans un contexte de contestation étudiante contre le projet de loi 33 et des modifications apportées au financement des études postsecondaires. Une grève étudiante est prévue le 5 novembre.
Crédit visuel : Élodie Ah-Wong – Directrice artistique
John Fraser, chef intérimaire du Parti libéral de l’Ontario, a demandé la démission de Nolan Quinn, ministre des Collèges et Universités, en raison de sa gestion du RAFEO, dans un communiqué publié le 6 octobre. Les libéraux ont affirmé qu’un milliard de dollars en bourses aurait été attribué aux étudiant.e.s des collèges privés offrant une formation professionnelle en 2024-2025. Sept établissements auraient bénéficié d’un financement totalisant 385 millions de dollars, soit l’équivalent du budget des 24 collèges publics de la province.
Ces révélations surviennent quelques mois après les manifestations étudiantes contre le projet de loi 33 et les modifications du financement des études postsecondaires. Malgré l’opposition des associations étudiantes, la majorité parlementaire progressiste-conservatrice a approuvé la réforme du RAFEO, qui réduit la proportion maximale de l’aide financière versée sous forme de bourses de 85% à 25%. Cette réforme accroîtrait ainsi la dépendance des étudiant.e.s aux prêts.
Le gouvernement Ford contesté
Selon le député libéral Tyler Watt, les récentes révélations témoignent d’une mauvaise gestion des fonds publics. Il affirme que 95 cents de chaque dollar supplémentaire consacré aux bourses du RAFEO en 2024-2025 auraient bénéficié aux étudiant.e.s des collèges privés offrant une formation professionnelle.
Le parlementaire dénonce le manque de réactivité du gouvernement, affirmant que le ministère aurait été informé de la situation dès janvier 2023, mais que les vérifications n’auraient commencé qu’en juillet 2025.
« Ce ne sont pas les étudiant.e.s qui ont mal géré le RAFEO. C’est ce gouvernement qui l’a fait », déclare-t-il, accusant l’administration Ford.
Norah Bello, commissaire aux revendications au sein du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa (SÉUO), partage les préoccupations soulevées par ces chiffres.
« Les chiffres choquants concernant le financement des études soulèvent des questions importantes sur les priorités et les motivations de notre gouvernement », affirme-t-elle.
La commissaire estime que les étudiant.e.s ont le droit de contester les décisions gouvernementales. Elle réclame une plus grande transparence et des mesures plus rigoureuses pour garantir l’équité et l’accessibilité financière.
Selon Cyrielle Ngeleka, présidente de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants de l’Ontario (FCÉÉ-ON), ces révélations remettent en question les arguments financiers avancés par le gouvernement pour justifier sa réforme.
« Les étudiantes et les étudiants ne devraient pas avoir à payer le prix des défaillances du gouvernement dans la gestion du RAFEO », affirme la Fédération.
Des conséquences financières accrues
Les associations étudiantes estiment que la réforme touche directement les conditions de vie des étudiant.e.s et leur capacité à poursuivre leurs études.
« Les préoccupations soulevées lors des manifestations et des grèves étudiantes n’ont pas disparu », affirme Norah Bello.
Les étudiant.e.s de l’Université d’Ottawa doivent déjà assumer des dépenses liées au logement, à l’alimentation et à leurs besoins courants. La baisse des bourses pourrait accroître leur endettement et les obliger à travailler davantage.
« Cela a des répercussions importantes sur le bien-être de nos étudiant.e.s et sur leur capacité à participer à la vie universitaire », souligne-t-elle, en évoquant notamment les difficultés rencontrées par celles et ceux qui ne bénéficient pas d’un soutien familial.
La FCÉÉ-ON partage cette analyse et estime que la réforme du RAFEO fait peser une plus grande charge financière sur les étudiant.e.s, particulièrement celles et ceux issus de milieux à faible revenu.
La Fédération s’inquiète de la fin du gel des droits de scolarité et de la possibilité pour les établissements d’augmenter ces droits jusqu’à 2 % par années pendant trois ans.
L’organisation réaffirme que la solution passe par un investissement public soutenu dans les collèges et les universités, plutôt que par une hausse des droits de scolarité.
Un mobilisation qui se poursuit
Malgré les appels à la démission du ministre Quinn, la FCÉÉ-ON estime qu’un simple changement de ministre ne suffirait pas à résoudre les problèmes soulevés.
« Notre priorité est de veiller à ce que cette prise de responsabilité se traduise par des changements concrets », affirme la présidente, qui réclame l’annulation de la réforme du RAFEO, une plus grande transparence et une véritable consultation des étudiant.e.s.
Elle réclame une augmentation des bourses et une diminution de la part des prêts dans l’aide financière, ainsi que l’élimination des intérêts sur les prêts étudiants et le gel des droits de scolarité.
Le SÉUO entend poursuivre ses pressions sur le gouvernement provincial. Norah Bello annonce la participation du syndicat à la Semaine annuelle de revendications de l’Ontario Undergraduate Student Alliance (OUSA), qui permettra notamment aux représentant.e.s étudiant.e.s de rencontrer des député.e.s provinciaux.ales.
Le syndicat envisage également de participer à la grève étudiante du 5 novembre et d’organiser sa propre manifestation.
« Nous voulons que notre gouvernement sache que nous prenons notre éducation au sérieux et que nous sommes prêt.e.s à nous battre ! », ajoute Bello.
Pour les associations étudiantes, les révélations entourant la gestion du RAFEO soulèvent des questions sur la responsabilité du gouvernement et l’avenir du financement public des études postsecondaires en Ontario.


