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Illustration montrant des silhouettes féminines marchant dans le noir.
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« On est fatiguées de porter ça seules », un appel aux hommes de s’impliquer concrètement

Malgré les années de mobilisation et de sensibilisation aux violences basées sur le genre, notamment celles à caractère sexuelle, la situation demeure alarmante pour les organismes communautaires et féministes.  Trois intervenantes des milieux communautaire et universitaire expliquent cette persistance par le sous-financement des services, les discours misogynes, la banalisation des agressions sexuelles et les obstacles rencontrés par les personnes survivantes.

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique

Des inégalités structurelles et une culture de la violence qui persistent

Selon Gabrielle Pelletier, coordonnatrice communautaire au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS), la persistance de ces violences révèle un problème systémique profondément enraciné dans la société. Elle estime que les initiatives de prévention demeurent insuffisantes en l’absence d’un engagement institutionnel et politique durable.

« On sait qu’il y a encore de grandes inégalités qui persistent », affirme-t-elle en citant notamment le racisme et les violences envers les femmes en situation de handicap, les personnes transgenres et les membres de la communauté LGBTQI+.

Elle déplore le « sous-financement chronique des organisations et des initiatives féministes », qui entrave leur capacité à répondre aux besoins des personnes ayant survécu à des violences. « On manque réellement de ressources, même pour répondre aux besoins de la communauté », souligne-t-elle.

Audrey LaBrie, directrice intérimaire du Bureau des droits de la personne de l’Université d’Ottawa, partage ce constat. Elle soutient que les violences sexuelles sont ancrées dans un contexte social plus large marqué notamment par la montée des discours misogynes, qui contribuent à alimenter les inégalités et à banaliser certains comportements.

« La prévention doit donc aller au-delà de la sensibilisation en favorisant une culture de respect et de consentement et en remettant en question les normes qui permettent à ces comportements de persister », ajoute-t-elle.

De la sensibilisation à l’action : une responsabilité partagée

Au-delà des campagnes de prévention, les deux intervenantes insistent sur la nécessité de transformer les comportements et de responsabiliser davantage les institutions et les individus.

Pour Pelletier, cette responsabilité concerne surtout les hommes, dont elle réclame une implication plus concrète dans la lutte contre les violences sexuelles. Elle dénonce également les mythes persistants sur les agressions ainsi que la tendance à remettre en question les témoignages des victimes.

« On est fatiguées de porter ça seules. On a envie de voir des hommes s’organiser concrètement, pas seulement dire : “Moi, je ne suis pas violent.” Il faut aller plus loin que ça. »

- Gabrielle Pelletier -

Pelletier estime que la solidarité affichée sur les réseaux sociaux ne suffit plus. Elle encourage les hommes à intervenir auprès de leurs camarades et à utiliser leurs plateformes d’influence pour remettre en question les comportements qui contribuent à la culture du viol.

« Il faut que les hommes s’organisent entre eux et entreprennent des actions concrètes pour que les femmes ne portent plus ça seules », insiste-t-elle.

De son côté, LaBrie rappelle que la connaissance du consentement ne garantit pas, à elle seule, une transformation durable des comportements. Elle recommande une approche globale qui inclut la formation, l’intervention des témoins, l’accessibilité des ressources et des mécanismes institutionnels efficaces.

« La prévention ne doit pas reposer sur les personnes susceptibles de subir de la violence », souligne-t-elle, rappelant l’importance d’une responsabilité partagée.

Méconnaissance des ressources, stigmatisation et difficultés d’accès

À l’Université d’Ottawa, les difficultés vécues par les survivantes et les survivants prennent une dimension particulière au sein de la communauté étudiante.

Angelea Thorul, superviseure des événements au Centre de ressources féministes (CRF) du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa (SÉUO), estime que plusieurs étudiantes et étudiants connaissent mal les services qui leur sont accessibles, particulièrement les personnes nouvellement arrivées à l’université ou au Canada.

« Entreprendre soi-même des recherches pour trouver de l’aide peut être intimidant, et s’orienter parmi les différents services peut rapidement devenir accablant », ajoute-t-elle.

S’ajoutent à cette méconnaissance les longues listes d’attente, les contraintes scolaires et professionnelles, ainsi que la stigmatisation entourant les violences sexuelles. Selon elle, certaines personnes survivantes hésitent à solliciter de l’aide parce qu’elles estiment que leur expérience ne justifie pas une intervention.

« Chercher de l’aide signifie devoir reconnaître pleinement ce qu’elles ont subi, ce qui représente une épreuve extrêmement difficile pour une personne survivante.»

- Angelea Thorul -

Ces obstacles rejoignent les préoccupations de Pelletier, qui souligne que signaler une agression peut parfois mettre les survivantes en danger.

« Il y a des femmes pour qui dévoiler les agressions sexuelles qu’elles ont vécues, c’est accroître les risques et leur vulnérabilité », prévient-t-elle.

Pour Thorul, l’accès aux services exige un engagement de tous les acteurs, en particulier des autorités qui en assurent le financement. Elle estime que les personnes étudiantes font face à un véritable « parcours du combattant » en raison de la stigmatisation, du manque de ressources et des contraintes de temps.

Des mesures institutionnelles, mais des défis persistants

Pour répondre à ces défis, l’Université d’Ottawa assure avoir renforcé ses mesures de prévention et d’accompagnement.

Selon LaBrie, l’établissement a notamment organisé 19 formations en présentiel en 2025-2026 et lancé des capsules de sensibilisation. Il a aussi ouvert un Centre de soutien et de ressources en violence sexuelle et mis à jour son Règlement 67b sur la prévention de la violence sexuelle.

Toutefois, la directrice souligne qu’on ne peut pas évaluer les progrès uniquement à partir du nombre de signalements. En 2025-2026, l’Université a recensé 540 demandes liées à la violence sexuelle, contre 478 l’année précédente, soit une augmentation d’environ 13 %.

« Cette hausse ne signifie pas nécessairement que la violence a augmenté », précise-t-elle. Elle évoque notamment une meilleure visibilité des services et une connaissance accrue des mécanismes de soutien.

Selon Pelletier, il est crucial que les ressources soient accessibles au-delà des campagnes de sensibilisation. Grâce à sa collaboration avec l’Université d’Ottawa, le CALACS propose des services gratuits et confidentiels aux membres de la communauté étudiante ayant survécu à des violences, qu’elles aient été commises sur le campus ou ailleurs. Ces services sont offerts en personne ou en ligne.

Thorul, quant à elle, souligne le rôle du Centre de ressources féministes comme premier point de contact pour les personnes étudiantes à la recherche d’aide.

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