L’Université d’Ottawa déploie un plan contre l’insécurité alimentaire sur le campus

Lise Birckel

4 novembre 2026
Panier de légumes et fruits. Fruits et une pancarte qui dit "gratuit".

Selon un sondage publié en 2025, 42% des étudiant.e.s de l’Université d’Ottawa vivent en situation d’insécurité alimentaire. Le 13 octobre dernier, l’Université a annoncé un plan quinquennal prévoyant des repas chauds, des paniers alimentaires et la création d’un Carrefour du soutien alimentaire. Reste à savoir si ces mesures suffiront face à la demande croissante.

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong – Directrice artistique 

L’alimentation, un enjeu croissant sur le campus

Ce chiffre s’explique d’abord par des contraintes financières. « Avec l’augmentation du coût de la vie, des loyers et des frais de scolarité, les étudiant.e.s ressentent une pression croissante », affirme Elnaz Enayatpour, présidente du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa (SÉUO). Selon elle, plusieurs doivent désormais « choisir entre un repas et une nouvelle veste d’hiver ». 

Les étudiant.e.s internationaux.ales sont particulièrement vulnérables. Ces personnes paient souvent des frais de scolarité deux à trois fois plus élevés que les étudiant.e.s canadien.ne.s et disposent d’un réseau familial de soutien plus limité au Canada. Beaucoup comptent donc sur la banque alimentaire « pour obtenir un soutien supplémentaire qui leur permettra de tenir jusqu’à la fin du mois », précise Enayatpour.

La banque alimentaire est ouverte environ 15 heures par semaine. Les étudiant.e.s de premier cycle peuvent s’y présenter une fois tous les 30 jours, selon le principe du premier arrivé, premier servi. Le SÉUO achète lui-même les denrées et privilégie les dons en argent plutôt que les dons alimentaires. « À chaque étape du processus, nous veillons à préserver la dignité et à offrir un choix », souligne Enayatpour. Cependant, la capacité d’accueil reste limitée. « Je dois dire que ce n’est pas facile! Mais c’est notre responsabilité de répondre à la demande », admet-elle. 

Le syndicat a aussi élargi son offre grâce au programme « Sur notre faim », qui propose chaque semaine un repas chaud ou des produits frais à plus de 200 étudiant.e.s. L’objectif est également de réduire la stigmatisation : « Il n’y a aucune honte à profiter de ces ressources », affirme Enayatpour.

Le plan de l’Université d’Ottawa

L’Université d’Ottawa a annoncé une stratégie quinquennale prévoyant notamment la distribution gratuite de repas chauds, de paniers alimentaires et de produits frais, ainsi que la création d’un Carrefour du soutien alimentaire. Ce plan s’appuie sur l’étude « Assiettes saines » lancée par le SÉUO il y a trois ans. Le financement annoncé doit notamment permettre de soutenir la banque alimentaire du SÉUO, les initiatives du Centre de ressources autochtones, ainsi que de proposer des repas à prix réduit à la cafétéria.

Javier Armando Porras-Gil, commissaire à la gouvernance de l’Association des étudiant.e.s diplômé.e.s de l’Université d’Ottawa (GSAÉD), partage cet espoir tout en insistant sur la nécessité d’une véritable coordination. Ayant siégé au comité du Carrefour du soutien alimentaire, il espère que « réunir les responsables des organisations sur le campus permettra de mettre en place des mesures concrètes pour les étudiant.e.s ».

Les étudiant.e.s des cycles supérieurs laissé.e.s de côté

Les besoins en matière de sécurité alimentaire varient selon les profils des étudiant.e.s. C’est ce que souligne la GSAÉD, qui représente les étudiant.e.s des cycles supérieurs.

Selon Porras-Gil, l’insécurité alimentaire est « très présente chez [les] étudiant.e.s diplômé.e.s, particulièrement depuis qu’ils et elles n’ont plus accès à la banque alimentaire du campus ». Ces personnes « vivent souvent seules, sans forfait alimentaire, ont parfois des personnes à charge et doivent composer avec une importante charge de travail universitaire et professionnelle ». 

Face à cette réalité, la GSAÉD a envisagé un partenariat avec OddBunch pour organiser des marchés étudiants, tout en considérant la création de sa propre banque alimentaire. Elle a finalement renoncé à cette dernière initiative afin d’éviter de reproduire des services déjà présents sur le campus.

Porras-Gil attend toutefois un engagement plus ferme de l’administration universitaire. « J’aimerais que l’Université nous accorde un rôle de médiation plus important » , affirme-t-il, afin que l’ensemble des étudiant.e.s, peu importe leur cycle d’études, puissent accéder aux services essentiels. La GSAÉD est également à la recherche d’étudiant.e.s souhaitant s’impliquer sur le campus. « Je trouve que notre communauté étudiante a beaucoup de potentiel, mais nous avons besoin de davantage de personnes pour nous aider ! », affirme Porras-Gil.

Des conséquences sur le bien-être et la réussite

Au-delà du manque de nourriture, l’insécurité alimentaire affecte directement le bien-être des étudiant.e.s. Pour Enayatpour, il s’agit de permettre aux étudiant.e.s de  « donner le meilleur d’eux-mêmes dans leurs cours ». Lorsque les ressources financières ne suffisent pas à couvrir les besoins alimentaires, la concentration, le niveau de stress et la capacité à poursuivre les études peuvent rapidement être affectés.

Cette réalité touche aussi les étudiant.e.s diplômé.e.s. « La recherche repose avant tout sur nos étudiant.e.s qui travaillent dans les laboratoires », souligne Porras-Gil. 

Le plan quinquennal de l’Université d’Ottawa pourrait améliorer la coordination de l’aide alimentaire, mais il ne règle pas à lui seul les causes financières de la précarité étudiante. « Ce n’est pas seulement une question d’alimentation, mais souvent aussi une question de coût et d’accès », rappelle Enayatpour, qui souhaite notamment une réduction des frais de scolarité et davantage de bourses.

Porras-Gil formule lui aussi un espoir, mais également une mise en garde : « J’ai très hâte de voir comment nous allons travailler pour que cet enjeu soit pris en compte et ne soit pas oublié avec le temps. » La question n’est donc plus seulement de savoir si les étudiant.e.s ont faim, mais si les institutions sauront y répondre de façon durable.