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Blaise Ndala lors de sa conférence inaugurale
Arts et culture

La littérature pour comprendre le monde : retour sur la conférence de Blaise Ndala

Blaise Ndala, écrivain d’origine congolaise établi au Canada, est cette année écrivain en résidence au Département de français de l’Université d’Ottawa. Le 23 septembre, il y a présenté sa conférence inaugurale, « La littérature pour décrypter les fractures du monde et les conflits de demain », consacrée au rôle de la littérature dans la compréhension des conflits.

Crédit visuel : Bianca Raymond – Cheffe du pupitre Arts et culture

La mémoire comme territoire de conflit

Pour Blaise Ndala, les conflits politiques ne sont pas seulement sources de violence physique. Ils peuvent aussi entraîner une forme de violence psychologique et prendre racine bien avant les affrontements, dans les mémoires, les discours, les silences ou même les représentations que les sociétés ont d’elles-mêmes. La littérature devient alors un moyen d’observer ces tensions et de comprendre ce qui se cache derrière les conflits visibles.

Cette réflexion traverse des œuvres appartenant à plusieurs époques. Pendant la conférence, Ndala évoque de nombreux auteurs et autrices dont Homère, George Orwell, Aimé Césaire, Mahmoud Darwich, Mariama Bâ, Toni Morrison et Salman Rushdie.

À travers L’Iliade d’Homère, notamment  la guerre de Troie et les figures d’Achille et d’Hector, la littérature permet déjà de réfléchir aux rapports entre les individus, la guerre et la société. Le recours à une œuvre aussi ancienne rappelle que les interrogations liées aux conflits ne sont pas nouvelles.

Ndala rappelle que la littérature permet aussi de revenir sur des violences historiques dont les effets peuvent être ressentis aujourd’hui. Il mentionne entre autres l’esclavage, la ségrégation et les discriminations pour montrer que certains conflits peuvent laisser des héritages collectifs. Il s’inspire de l’« enfant soldat » pour son deuxième roman, Sans capote ni kalachnikov.

« Anticiper les conflits qui n’ont pas encore de nom »

La réflexion de Ndala ne se limite toutefois pas aux conflits historiques ou militaires. Les tensions peuvent également prendre des formes moins visibles : discrimination, racialisation, violence politique, rapports de pouvoir ou tensions liées aux identités.

L’écrivain explique qu’il faut parfois « détecter ces tensions et les mettre en mots », afin de  rendre visibles des expériences qui restent dans l’ombre ou qui sont encore peu reconnues par la société.

Le silence occupe également une place importante dans cette réflexion. Ce qui n’est pas raconté ou transmis peut être violent et posséder un poids invisible, explique Ndala. La littérature devient alors un espace où les mémoires peuvent être conservées, confrontées et remises en question.

La paix malgré tout

Blaise Ndala pose une question finale face aux réflexions précédentes : pourquoi lire ? Pour lui, le roman permet notamment  d’observer les sociétés et de mieux les comprendre. Là où l’information rapporte souvent un événement, la littérature peut s’attarder à celles et ceux qui le vivent, à leur mémoire et à leur perception du monde, là «où écrire peut coûter la vie».

Ainsi, réfléchir aux conflits du monde amène aussi à s’interroger sur la paix. Lors de la conférence, Ndala la présente non seulement comme une absence de guerre, mais aussi comme une culture à bâtir.  Les nombreuses figures littéraires  présentées  font d’ailleurs partie de ce qu’il appelle sa «bibliothèque de la paix». Selon lui, la littérature de paix repose sur une «conception du pouvoir qui ne repose pas sur la domination». Il rappelle enfin que nous  «lisons le monde pour ne pas avoir à le subir», et présente la littérature comme un voyage intellectuel et physique où l’espoir demeure.

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