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Une étudiante tient un discours devant le parlement d'Ottawa.
Éditorial

Élections municipales à Ottawa : le français absent du débat étudiant

Mardi 15 septembre, des centaines d’étudiant.e.s se sont réunis à Carleton pour un débat des candidats aux prochaines élections municipales. Pendant plus de deux heures, des enjeux importants ont été abordés, et malgré la présence d’étudiant.e.s francophones, aucune place n’a été faite au français. Notre syndicat étudiant aurait-il dû intervenir ? Qu’en est-il des candidats ?

Crédit visuel : Élodie Ah-Wong — Directrice artistique

Tout part de ce débat 

Organisé en collaboration avec avec une coalition d’associations de la ville dont le syndicat étudiant de l’U d’O, l’association des étudiants de l’Université Carleton, l’association des étudiants de la cité universitaire, Ottawa Youth Vision Project et la radio CKCU, ce débat était, il faut l’admettre, une initiative à saluer. Il permettait aux étudiant.e.s de la capitale d’avoir leur mot à dire à l’approche des élections municipales.

Les candidats Alex Lawson, Jeff Leiper et Neil Saravanamuttoo étaient présents. Le maire actuel, Mark Sutcliffe, avait également été invité, mais ne s’est pas présenté.

«Entrée gratuite et ouverte aux étudiants de tous les établissements d’enseignement supérieur d’Ottawa, ainsi qu’à leurs amis, leur famille et au grand public.»  peut-on lire dans la description de la publication Instagram invitant à la soirée. Le débat avait donc le mérite de rapprocher les étudiant.e.s de la politique municipale. Mais peut-on véritablement parler d’un espace inclusif lorsque l’une des deux langues officielles de la capitale est absente des échanges ?

Ouvrir le débat aux étudiant.e.s de tous les établissements postsecondaires de la ville, dont certains sont francophones ou bilingues, est une belle initiative. Ne pas en tenir compte dans le déroulement du débat est toutefois une faute grave.

Bien vrai que la Loi sur les services en français de l’Ontario n’impose pas que chaque débat municipal soit bilingue, elle reconnaît la place du français dans la vie publique ontarienne. Dans une ville comme Ottawa, il nous semble donc légitime que les étudiant.e.s francophones puissent participer aux débats politiques dans leur langue.

Par ailleurs, la nature même des sujets abordés rend cette absence encore plus frappante. Le logement, le transport, la vie étudiante, la sécurité ou encore les services municipaux concernent directement les étudiant.e.s francophones, au même titre que les autres. Ils.elles utilisent aussi les transports en commun, cherchent des logements, fréquentent les espaces publics et participent à la vie de la ville. 

Il ne s’agit donc pas forcément de réclamer une question distincte sur la francophonie ou de traiter les étudiant.e.s francophones comme un groupe à part. Puisqu’ils et elles sont concernés par les mêmes enjeux municipaux, leur langue devrait aussi avoir sa place dans les discussions qui portent sur ces enjeux. Le français ne devrait pas apparaître seulement lorsqu’on parle d’enjeux francophones, mais aussi comme une langue de participation à la vie politique de la ville.

Qu’en pense le syndicat étudiant ?

Contactée par La Rotonde, Norah Bello, commissaire à la revendication du syndicat étudiant et représentante dudit syndicat à ce débat, reconnaît que l’équipe organisatrice a «manqué l’occasion de poser des questions en français aux candidats.» 

Selon elle, le débat s’est tenu uniquement en anglais parce qu’il se déroulait sur le campus de l’Université Carleton et que les candidats présents ne parlent pas tous français. L’équipe voulait traiter chacun d’eux de manière équitable, sans créer de désavantage lié à la langue.

Le SÉUO s’est toutefois assuré que les informations et les supports visuels soient présentés dans les deux langues officielles. Bello précise aussi que l’enregistrement du débat, diffusé en direct sur la chaîne YouTube de CKCU peut être visionné avec des sous-titres en français. 

Elle ajoute qu’à l’avenir, le SÉUO tâchera d’organiser ce type d’événement de façon bilingue.

De notre côté, nous comprenons la volonté de permettre aux candidats de répondre dans la langue qu’ils maîtrisent. Toutefois, nous ne pouvons nous empêcher de nous demander :  le français serait-il devenu une simple langue optionnelle que l’on met de côté dès que la logistique l’exige?

Les candidats devraient bien sûr pouvoir s’exprimer dans la langue de leur choix. Mais quelques questions auraient pu être posées en français. Et, d’après les explications de Bello, le choix de l’anglais répondait à une volonté d’uniformiser le déroulement du débat. Or, c’est justement ce format qu’il faudrait réévaluer. Dans une ville bilingue comme Ottawa, un débat considéré comme « normal » ne devrait pas avoir pour effet de faire disparaître le français des échanges.

Du débat à la campagne municipale : quelle place pour le français à Ottawa ?

Cette absence du français nous invite aussi à nous tourner vers les candidats eux-mêmes : quelle place accordent-ils concrètement aux francophones dans leur vision d’Ottawa?

Neil Saravanamuttoo parle couramment français, mais quelle place sa campagne accorde-t-elle à la population francophone, notamment dans des quartiers comme Orléans et Vanier qui en ont une très grande ?

Alex Lawson ne connaît que les bases apprises au secondaire, et Jeff Leiper peut faire la brève conversation. Le maire actuel, qui n’était pas présent au débat, est véritablement bilingue. Mais son absence au débat soulève une autre question : quelle place accorde-t-il à la population étudiante ?

Au-delà de leur maîtrise du français, ce sont les engagements des candidats qui devraient nous permettre de comprendre comment ils comptent garantir l’accès aux services, aux consultations et aux activités municipales dans cette langue.

Lorsque la culture a été abordée pendant le débat, aucune proposition claire ne semblait non plus viser les activités ou les services culturels en français. Cette absence est révélatrice : la francophonie ne devrait pas seulement être reconnue dans les discours. Elle devrait aussi apparaître dans les décisions budgétaires, les services et la programmation municipale.

La question reste donc posée : quelle place chaque candidat à la mairie d’Ottawa prévoit-il concrètement pour les francophones ?

En attendant des réponses, voici nos propositions.

En tant qu’étudiant.e.s francophones dans cette ville, nous aimerions…

Nous ne voulons pas seulement recevoir des services municipaux en français. Nous voulons aussi comprendre les enjeux qui touchent notre ville, poser nos questions et participer, dans notre langue, aux conversations qui nous concernent, comme les débats étudiants.

Nous attendons des candidats qu’ils aillent au-delà des promesses générales sur le bilinguisme. Nous souhaitons que les jeunes francophones soient consultés directement et puissent participer en français aux débats, aux consultations et aux initiatives municipales.

Nous voulons une meilleure communication en français sur les activités et les services de la Ville, davantage d’événements accessibles aux communautés francophones et plus d’occasions de donner notre avis sur les décisions qui touchent notre quotidien.

La maîtrise du français n’est pas une exigence légale pour se présenter à la mairie. Néanmoins, nous espérons que la personne élue saura écouter les francophones, répondre à leurs préoccupations et leur faire une place réelle dans les échanges publics. 

Ce débat étudiant représentait une occasion importante de rapprocher les jeunes de la politique municipale. Pour une partie d’entre eux.elles, cette occasion est restée incomplète : ils n’ont pas pu y participer dans leur langue.

À l’avenir, nous aimerions que le français ait sa place là où les idées circulent, où les décisions se préparent et où les enjeux de la ville se discutent.

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