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Un ombudsman comme trait d’union entre les étudiants et l’Administration

Lucie Lamarche propose une réflexion sur l’importance d’un ombudsman et sur la notion de citoyenneté étudiante.

Dans la foulée des évènements des dernières semaines, dont l’intervention policière sur le campus qui s’est soldée par l’arrestation du président de la FÉUO, Seamus Wolfe, La Rotonde s’est entretenue avec Lucie Lamarche, directrice de recherche du Centre de recherche et d’enseignement sur les droits de la personne de l’Université d’Ottawa (CREDP) et détentrice de la Chaire de recherche Gordon F. Henderson en droits de la personne, afin d’en savoir plus sur les raisons d’être d’un ombudsman.

Bien qu’elle refuse de commenter le cas particulier de Seamus Wolfe, qu’elle définit comme un «incident malheureux, mais qui invite à réfléchir à ce que signifie le vivre-ensemble», Lamarche propose une réflexion sur la notion de citoyenneté étudiante.

La citoyenneté universitaire

«Un campus, qu’est-ce que c’est?» demande-t-elle d’emblée. «Est-ce seulement une toile de rapports contractuels? Ce n’est pas la façon dont se bâti une citoyenneté étudiante. Les droits et obligations doivent reposer sur des institutions.» Elle indique aussi que les évènements comme les arrestations sur le campus dévoilent pourtant une «panne» dans la citoyenneté universitaire. «Il manque d’acteurs pour promouvoir la citoyenneté […] et il faut que l’Université révise ses propres rapports avec les autorités policières», soutient-elle.

La détentrice de la Chaire en études des droits humains rappelle que le campus de l’Université d’Ottawa a grandi vite. C’est pourquoi elle ne croit pas «qu’il soit sage de penser qu’on puisse le gérer comme un collège privé». Il serait donc grand temps de trouver une solution à une lacune dans la cohésion de l’Université.

Selon elle, un ombudsman viendrait rétablir le climat malsain dans la manière dont les citoyens de la Cité universitaire se perçoivent. «Il y a un problème de liaison politique, il manque un trait d’union», ce que comblerait un ombudsman. «L’Université n’est pas un endroit pour brandir le Code criminel», soutient-elle, mais plutôt un espace de parole. «On ne doit pas se cacher derrière un bail pour représenter la parole étudiante. […] Il faut apprendre comment vivre ensemble sans toujours voir surgir les policiers.»

«Un personnage infiniment précieux »

Pour Lucie Lamarche, il faut créer des structures, des institutions qui engagent à la responsabilité. «Sans interlocuteur, les individus se crispent», rappelle-t-elle. L’ombudsman viendrait justement «dégonfler les conflits en promouvant le dialogue. Il est toujours indépendant dans sa gestion» en plus d’être un «facilitateur d’expression, de médiation». «C’est un personnage infiniment précieux, créateur de valeurs, et qui va chercher des principes», poursuit-elle. Elle indique en outre que l’ombudsman est souvent à la base de la mise en place d’une charte des valeurs qui définirait le partage des règles: «Il met de l’avant les valeurs de paix et de respect et travaille généralement autour de cela», explique Lamarche. L’ombudsman produit généralement un rapport annuel cumulant les expériences vécues au cours de l’année et propose des recommandations afin d’améliorer l’espace de dialogue.

Pour Lucie Lamarche, les ombudsmans sont des personnages réels, concrets et accueillants, qui ont le réflexe de protéger un bien. «Ils ont une approche transparente et travaillent sur des règles connues. En fait, ils défendent farouchement leur indépendance.»

La nomination prochaine d’un ombudsman à l’Université est donc «à célébrer», selon Lamarche.

Ombudsman, n.m. (mot suédois, de ombud «délégué» et man «homme») – Dans les pays scandinaves, personne chargée de défendre les droits des citoyens face aux pouvoirs publics (cf. Médiateur [en France], protecteur du citoyen [au Québec]. Source: Petit Robert 2007.
Selon le Forum canadien des ombudsmans, le poste d’ombudsman hybride est créé «en vertu d’une politique générale ou de modalités d’organismes des secteurs public et privé».

L’ombudsman hybride a d’abord recours à des méthodes informelles pour résoudre les plaintes, comme la médiation, la négociation et la navette diplomatique, mais il est également doté d’un pouvoir d’enquête et du pouvoir de publier des rapports annuels et spéciaux. C’est ce genre d’ombudsman qui existe en général dans les Universités.

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