Un appât universitaire pour les futures ménagères
Déterminés à attirer la clientèle féminine pour équilibrer la proportion d’hommes et de femmes, les dirigeants de l’U d’O, de pair avec les religieuses de la congrégation de Notre-Dame, ouvrent les portes de l’École des Sciences domestiques, associée à la faculté des Arts, le 24 février 1956. La mission du baccalauréat en sciences domestiques (B. Sc.) offert à cette époque consiste en l’enseignement de «l’ensemble des connaissances théoriques et pratiques requises pour la bonne marche du foyer». En effet, 90 ans plus tôt, le sexe féminin, ne représentant que 2,28% de la population étudiante, fréquentait beaucoup moins les bancs d’école.
La présence des femmes à l’intérieur de l’université vieille de plus de 150 ans a suivi une lente évolution depuis sa fondation en 1848. Le dossier virtuel des «pionnières et visionnaires» qui ont marqué l’U d’O indique qu’en 2009, l’établissement académique ouvrait ses portes à une communauté étudiante composée de 60,35% de femmes. Inutile de préciser que ce rapport reflétait une réalité différente au début du 20e siècle.
Un peu d’histoire
Un rapport de Michel Filion consulté dans le répertoire numérique simple du fonds 11 des archives de l’Université d’Ottawa nous renseigne sur l’historique de l’École des sciences domestiques. La première directrice, sœur Margüerite-des-Vertus, après une gouvernance de six ans, laisse sa place à sœur Sainte-Marie Solange en 1962. Peu à peu, les opportunités offertes par le programme se diversifient pour laisser une place toute particulière à la science diététique. Ces deux avenues se scindent en 1965 pour former deux branches différentes au sein de l’École. En 1966, les départements de Diététique et de Sciences domestiques sont officiellement fondés.
Un mémoire rédigé par la directrice de 1971, Lucie Blondeau, à l’intention du révérend père J.M. Quirion, doyen de la faculté des Arts, fait état du matériel éducatif se rapportant aux différentes formations offertes. À l’époque, le département propose donc trois baccalauréats différents: Sciences domestiques, Science diététique, et un baccalauréat ès Arts avec concentration en Sciences domestiques.
L’étudiante désireuse de se former aux apprentissages domestiques peut s’orienter en fonction de trois lignes directrices: science des vivres, vêtement-textile, ou économie familiale. Les cours du cursus favorisent notamment l’enseignement de l’administration du foyer et de l’appréciation des tissus. Le mémoire assure également que le programme en sciences diététiques répond aux exigences de l’Association canadienne des diététistes et à celles des facultés des Arts et des Sciences. Cette formation est «conçue comme devant se centrer sur deux grands aspects: la nutrition et l’administration». De nombreux cours de science assurent également une base solide à l’un et à l’autre des baccalauréats.
Fini, les marmites et la couture
Le rapport de Blondeau, déposé en 1971, répond à une volonté de restructuration du Département. La Commission de révision des structures et des nominations instaurée par le Sénat de l’Université devait présenter des suggestions de réforme. Aux conclusions des consultations figurent la proposition d’intensifier les liens avec les sciences de la santé et de concentrer l’enseignement davantage sur le volet diététique. Le Département, se pliant à des pressions visant à faire respecter les conclusions tirées, subit finalement une mutation en 1975 pour ne garder que la branche diététique. Une chemise du fonds 11 des archives contient les Chroniques journalières entretenues par le personnel administratif, comptes rendus quotidiens mis à jours dans un journal manuscrit. Une note sous le titre «Rétrospective: 1974» nous renseigne sur le choc que provoqua ce changement de cap: «Sœur Lucie Blondeau annonça officiellement en octobre 1974 que l’option des sciences domestiques ne sera plus offerte à l’Université d’Ottawa à compter de septembre 1975 […]. Cette nouvelle suscita un certain mécontentement parmi les étudiants en sciences domestiques.»
Dès 1976, un déplacement graduel s’effectue vers le Département de biochimie à la section nutrition scientifique. Enfin, le Département de diététique, avec les vestiges d’un intérêt universitaire ancré dans la science du foyer familial, s’évanouit finalement en 1979.


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