La Rotonde Le journal indépendant de l'Université d'Ottawa.

Les insomniaques s’amusent

2h14. J’ai les deux yeux grands ouverts et j’attends avec impatience que le sommeil s’empare de moi. Je suis pourtant couchée depuis un moment déjà. Une minute, cinq minutes, dix minutes passent. Toujours rien. Les chiffres défilent sur mon réveille-matin et me rappellent que chaque minute qui s’écoule en est une de moins à dormir. Plus j’essaie de dormir, plus je pense au fait que j’en suis incapable, et plus j’angoisse. Je calcule: s’il est 2h24 et que je compte me lever vers 7h30, il me reste environ cinq heures de sommeil. Pas pire…

2h59. Toujours éveillée. Je me décide: au lieu de perdre mon temps à penser à tout et à rien, pourquoi ne pas faire quelque chose d’utile? J’allume mon ordinateur. Mon premier réflexe est, comme pour plusieurs, d’ouvrir ma page Facebook. Quelle n’est pas ma surprise de constater qu’au beau milieu de la nuit, une vingtaine de mes amis Facebook sont eux aussi en ligne. C’est clair: on doit avoir affaire à une grave épidémie d’insomnie.

Je n’ai mené aucune recherche exhaustive sur l’insomnie parmi la population étudiante pour écrire cette chronique, mais je m’obstine tout de même à pointer un coupable (outre l’anxiété, le stress, la déprime et les états d’âme divers). Le grand responsable de cette maladie qui a certainement un effet dévastateur sur nous tous, c’est Internet.

Contrairement à la croyance populaire, Facebook n’est pas le seul à blâmer. Il est vrai qu’il incite peu à être efficace, productif, ou encore à se coucher tôt, si l’on compte le temps qu’il faut pour bien faire le tour de tout ce qui se passe dans son «réseau social» en ligne. Toutefois, si plusieurs sont en ligne à trois heures du matin, c’est aussi parce qu’ils s’adonnent à d’autres activités sur le web, conjointement à leur utilisation de Facebook. On peut en vouloir notamment à trois autres grands coupables de la perte de temps chez l’étudiant : MSN (même si plusieurs le considèrent comme dépassé, plus du tout à la mode), YouTube ou le tout récent site Tou.tv, qui offre une variété d’émissions gratuites aux internautes.

La solution sensée serait évidemment d’abolir la vie de hamster (ce dernier dort le jour plutôt que la nuit) en allant sur Internet le jour pour pouvoir dormir la nuit. Sauf que les utilisateurs de Facebook qui sont en ligne la nuit le sont aussi le jour. N’essayez pas de trouver la logique là-dedans: il n’y en a pas. Internet est comme une drogue qui se consomme n’importe quand.

Avant l’existence du web, les gens qui ne pouvaient pas dormir prenaient un livre, allaient boire un verre d’eau ou s’adonnaient à des tâches ménagères en attendant de sentir la fatigue les envahir, quelques minutes plus tard. Aujourd’hui, notre premier réflexe est d’aller à l’ordinateur pour vérifier ce qu’on a pu manquer au cours des dernières précieuses heures de notre vie, pendant qu’on perdait son temps à dormir. Cette «vérification» peut durer plusieurs minutes, voire des heures. Elle n’invite pas la fatigue, elle la repousse, comme on devrait tous le faire dès qu’on a l’idée d’allumer son ordinateur au milieu de la nuit. On s’amuse bien plus en socialisant en personne, quand tout le monde est éveillé, alors pourquoi ne pas laisser les insomniaques s’amuser seuls la nuit?

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