Le père Noël, la fée des dents, le bilinguisme à l’Université d’Ottawa
Les contes font rêver. Ils nous fascinent par leur simplicité et évoquent une réalité fabuleuse qui nous permet, le temps d’une lecture, d’imaginer un monde exempt des maux qu’on lui connaît. À l’instar de Disney World, l’Université d’Ottawa semble être un endroit propice à la prolifération d’histoires fantastiques.
Celle du bilinguisme est de loin la plus belle de toutes: deux langues rassemblées sous un même toit, cohabitant dans la fraternité et le partage. Partage d’une même facture étudiante, partage de locaux, partage de la Fédération étudiante, mais surtout, partage d’une utopie que certains défendent encore malgré des années de luttes vaines. Pour citer le blogue d’Allan Rock: «Deux langues = deux cultures; nous écoutons donc des chansons épatantes et voyons de grandes pièces dont nous n’aurions même pas connaissance autrement», n’est-ce pas beau?
Le modèle de Maslow appliqué au français
Le modèle de Maslow parait tout indiqué pour illustrer le conflit. Besoins physiologiques (manger, dormir, boire): les exemples pleuvent. Se sentant coupable de parler sa langue maternelle dans un endroit où on lui avait pourtant promis qu’il pourrait le faire à son aise, le francophone commande souvent sa nourriture en anglais. De cette façon, il risque moins d’être déçu par le traditionnel “What?” que tout francophone vivant dans la région connaît aujourd’hui par cœur. Il parait que «l’industrie de l’hôtellerie et de la restauration de la région fait présentement face à une pénurie de main-d’œuvre bilingue», ce qui explique tout! Surtout, n’allez pas penser qu’une prime de bilinguisme aiderait la cause; ça n’aiderait que les francophones à être mieux payés, car plus souvent qu’autrement, ce sont eux, les bilingues.
Besoin de sécurité et besoins sociaux (amour, appartenance, etc.): Mise à part la faculté de Droit civil et le département des Lettres françaises, les associations étudiantes facultaires et départementales sont anglaises. Pour ne choquer personne, il faudrait plutôt dire qu’elles sont bilingues avec une forte prédominance de l’anglais. Les évènements à prédominance francophone sont rares. Le francophone qui décide de participer à la Semaine 101 troquera rapidement Molière pour Shakespeare s’il veut s’intégrer. Le pire, c’est qu’il n’aura aucune difficulté à le faire; il a déjà appris comment en commandant son café au Second Cup de la bibliothèque Morisset. Dans la même veine, il est difficile pour un francophone sportif de se sentir chez lui quand le «à vous de choisir» s’avère en réalité un leurre. Concrètement, son entraineur ne connaît du français que les French fries et les entrainements se déroulent en anglais, langue de la majorité!
Besoin d’estime (confiance, respect des autres et de la part des autres, etc.): Comment voulez-vous qu’un francophone se sente respecté quand on lui promet une université bilingue et qu’on finit par communiquer avec lui dans une langue qui s’apparente davantage à du bolobolo qu’à du français? Une lettre d’un lecteur parue dans nos page le 22 février dernier illustre d’ailleurs merveilleusement bien ce propos. Mais à ce chapitre, rien ne vaut les expériences personnelles de plusieurs professeurs et de centaines d’étudiants. Demandez, ils vous diront.
Besoin d’accomplissement personnel: à ce stade de la pyramide, le francophone est perdu. Combien d’entre eux se battent chaque année pour que leur langue soit respectée? Pourtant, la FÉUO ne semble toujours pas voir de lien entre qualité du français et français de qualité. Combien de lettres, d’articles, de courriels et de plaintes ont été rédigées au fil des années pour dénoncer la piètre importance accordée à la francophonie? Frappez un coup d’épée dans l’eau, le sentiment d’accomplissement sera identique!
Les efforts et les faits
En 1995, Patrick Lagacé, ancien rédacteur en chef de La Rotonde et journaliste pour La Presse, écrivait dans sa dernière chronique pour La Rotonde: «Un journal étudiant change rarement les choses. Il crie dans le désert, dénonce, proteste, pointe du doigt […].» Il avait raison. Ce texte ne changera rien, ce journal non plus. Et vous?
Que pouvons-nous faire? Nous pouvons continuer de nous offusquer. Nous pouvons continuer de nous plaindre. Nous pouvons commencer à répondre en français à la correspondance qu’on nous envoie en anglais. Nous pouvons nous indigner du fait que nos représentants semblent croire que les grands de ce monde ne parlent qu’anglais. Nous pouvons réclamer des grandes conférences en français. Nous pouvons applaudir les initiatives de certains services qui s’efforcent d’offrir aux francophones des activités de qualité en français. Nous devons affirmer avec fierté cette culture qui est la nôtre.
La langue n’est pas qu’un outil de communication. Une langue, c’est un patrimoine, une culture, c’est le vecteur de valeurs transmises au fil des siècles. Pour ce qui est de l’Université d’Ottawa, elle a le mérite de ne pas nous leurrer avec son auto-proclamation d’université canadienne. En effet, tout comme dans notre Canada, le bilinguisme à l’U d’O n’est qu’une histoire de constitution et n’a rien à voir avec les faits.


Email
Del.icio.us
De.lirio.us
Digg
Facebook
FavorisGoogle
Netvouz
Reddit
StumbleUpon
TwitCeci