L’épicerie fine et la mémoire d’un gourmand
Ma mémoire est principalement organisée autour des souvenirs de bouffe. À six ans, ma famille et moi somme allés au Maine, et j’ai mangé un immense cornet de crème glacée à la pâte de biscuit. Sur l’île de Vancouver, avec mon père, j’ai trempé à l’âge de huit ans mon premier morceau de pain dans l’huile d’olive et le vinaigre balsamique. Il ne faut pas croire que ces repas, ces bouchées, soient l’essentiel de mes souvenirs : comme les odeurs, les saveurs de mon passé évoquent ces moments où, oui, j’ai mangé, mais où j’ai été heureux, j’ai découvert, j’ai ri, et ainsi de suite.
Avec cela en tête, il est plus aisé de comprendre le sentiment que j’ai en visitant une boulangerie ou une épicerie fine, et pourquoi je navigue dans tous ces recoins, les yeux écarquillés, un tremblement au ventre.
Souvenir d’une expérience à l’épicerie
Plus jeune, c’était la tradition familiale les samedis midis d’aller dans ce type d’endroits et de s’acheter un bon pain, des fromages, des viandes et, surtout, une petite gâterie pour conclure un dîner aux allures champêtres. Il y avait justement une de ces petites épiceries tout près de notre maison et, un jour (où j’avais peut-être fait preuve de maturité, mais cela m’étonnerait), mes parents ont décidé de m’y envoyer seul pour acheter le pain, le jambon et le camembert. J’étais très nerveux, mais j’ai accompli ma mission. Je suis même retourné dans le magasin pour dépenser les derniers sous que mes parents m’avaient confiés, question d’en profiter. Même si je faisais parfois des choix moins éclairés, c’était une expérience impressionnante qui a contribué à ma difficulté à passer devant une boulangerie sans y entrer.
Mais ce plaisir de la petite épicerie gourmande, il n’est pas nécessaire d’être un saugrenu exalté comme moi pour en jouir. Il suffit de connaître les bons endroits. Je vous mets donc sur la piste de quelques-uns de ces lieux dans notre région.
Le pain
Parlons d’abord de pain, parce que c’était toujours l’élément central de nos petits dîners du samedi. Le meilleur pain en ville, d’après moi, sort des cuisines de la boulangerie Art-is-in. Miches, focaccias et baguettes, au romarin, à l’ail grillé, au fenouil, au cheddar et au jalapeño, tous sont exquis, la croute toujours croustillante et la mie parfaite. Malheureusement, ils ne sont que fournisseurs, c’est pourquoi on ne peut jamais trouver tous leurs produits en un seul endroit. Toutefois, si on reste positif, on en trouve dans environ une dizaine d’épiceries et restaurants (voir la liste ici : http://www.art-is-in-bakery.com/).
Dans les boulangeries, il n’y a cependant pas que du pain. Frappé d’une fringale sucrée, c’est à Boko Bakery (264, rue Elgin) que je me rends. Le plaisir ici c’est qu’on prend des pinces et un plateau en entrant et qu’on se sert à partir des douzaines de plaques disposées à travers la pièce, remplies de tartelettes aux baies, de chaussons aux pommes, de biscuits à la confiture et d’une panoplie d’autres gourmandises qui varient quotidiennement. La règle d’or, comme pour toute boulangerie: arriver tôt. Les boulangeries asiatiques, comme Kowloon Market (712, rue Somerset Ouest) et la boulangerie Saint-Honoré (361, rue Booth) vous confronterons à de nouvelles spécialités, salées ou sucrées, qui vous raviront.
Les fromages
House of Cheese (34, Byward Market Square) est mon lieu privilégié d’approvisionnement fromager. À la première visite, le choix étourdit. En revanche, faites connaître vos craintes aux employés et ils vous conseilleront habilement. Leur cheddar de lait cru âgé de quatre ans est un superbe choix local, soit dit en passant.
Les viandes
Pour ce qui est de la charcuterie, on n’est pas choyé dans la région, mais on peut trouver de bonnes choses, surtout dans les épiceries italiennes. Inutile, donc, d’aller à Montréal parce qu’on a Nate’s Deli (316, rue Rideau) qui vend du succulent smoked meat. J’ai aussi un ami qui me vante les saucisses et saucissons de William J. Walter Saucissier (192, rue Saint-Joseph, secteur Hull), un nouvel établissement où je me fais un devoir d’aller bientôt.
J’ai bien fait d’avoir mangé avant la rédaction de cette chronique qui, sinon, aurait probablement été interrompue par quelque visite chez nos commerçants gourmets locaux.


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