L’« aventure humaine » d’Oscar et la dame rose
La semaine dernière, le célèbre écrivain européen Eric-Emmanuel Schmitt était de passage au Canada pour la sortie du film Oscar et la dame rose, une adaptation cinématographique de son roman du même titre paru en 2002.
En salles depuis vendredi dernier, Oscar et la dame rose raconte l’amitié qui lie Oscar, un garçon de 10 ans atteint du cancer, à Rose, une livreuse de pizzas à l’hôpital. Oscar est fasciné par cette dame vêtue de rose qui, à son grand bonheur, le traite comme un garçon normal et non comme un enfant malade. Rose l’aidera à vivre pleinement les derniers jours de sa vie tout en se découvrant elle-même un désir de revivre. «C’est une histoire qui, forcément, touche les gens profondément et qui, en même temps, présente une réflexion sur comment vivre, comment il est urgent d’aimer, d’être ensemble et pas dispersés», témoigne Eric-Emmanuel Schmitt, auteur du livre ainsi que réalisateur et scénariste du film.
À l’époque de l’écriture du livre qui allait devenir l’une des plus populaires histoires écrites dans sa carrière d’auteur, Schmitt n’avait pourtant aucunement l’intention d’en faire un jour une œuvre au grand écran. L’histoire traitait selon lui d’un sujet beaucoup trop délicat – celui de la souffrance d’un enfant – pour qu’elle soit adaptée au cinéma. «Depuis des années, du monde entier on me demandait les droits [pour en faire un film] et je refusais et refusais. J’ai fini par comprendre pourquoi: c’est que je voulais la garder pour moi!» avoue-t-il.
Il s’est toutefois senti d’attaque après une première adaptation cinématographique, celle d’Odette Toulemonde, sortie au cinéma en 2007. La glace ayant été brisée avec un de ses livres au récit plus léger, il a accepté de retenter l’expérience avec un deuxième défi. Pour Schmitt, le choix d’Oscar et la dame rose comme deuxième expérience au cinéma allait de soi: «C’est une des histoires qui me tient le plus à cœur dans toutes celles que j’ai écrites ou inventées, déjà parce qu’elle est pleine de choses très personnelles, mais en plus, ce que j’ai découvert, c’est que cette histoire, elle tenait aussi au cœur des gens.»
Le défi en était, pour lui, un de taille puisque le livre est écrit selon le point de vue d’Oscar, un enfant de dix ans en phase terminale. Tout ce qu’il vit et ressent au cours de ses derniers jours est décrit sous forme de lettres écrites de sa main et adressées à Dieu. Pour Schmitt, il était donc primordial de garder l’accent sur l’enfant dans la version cinématographique, mais en y ajoutant aussi le point de vue du personnage de Rose, auquel le lecteur n’a pas droit dans la version du livre. «Je me suis dit que si je faisais le film, j’allais compléter le livre. Puisque la caméra est objective, elle suit à la fois Oscar, comme dans le livre, mais aussi la dame rose», explique l’auteur. Il était d’ailleurs important pour Schmitt que le lecteur puisse retrouver dans le film l’histoire présentée dans le livre, mais avec du contenu nouveau en plus.
L’ajout de la perspective du personnage de Rose, incarné par Michèle Larocque, permettrait d’ailleurs aux adultes de s’identifier à ce personnage d’âge adulte, qui doit faire face à ses problèmes et à son besoin de réapprendre à apprécier la vie. Les scènes avec la dame rose apportent alors ce côté humain et racontent, selon Schmitt, «comment une femme normale qui a ses propres soucis, ses enfants et ses ennuis, va trouver du temps et de la générosité en elle pour aller voir des enfants qui ne sont pas les siens, qui sont malades en plus et qui vivent à l’hôpital, où elle n’a pas du tout envie de se rendre».
Un des grands défis de l’adaptation du livre au grand écran était le fait que le personnage principal est enfant, d’abord pour la recherche du jeune acteur qui incarnerait le personnage d’Oscar, et ensuite pour les difficultés qui pourraient être rencontrées lors du tournage d’une histoire aussi émotive. Heureusement, le réalisateur est tombé sur un prodige: le jeune Amir. «[Le tournage avec un enfant] est ce que je redoutais le plus et, en fait, je n’ai pas l’impression d’avoir travaillé avec un enfant, affirme Schmitt. J’ai tourné avec un artiste qui avait dix ans. Je ne lui ai jamais parlé comme à un enfant, je n’ai parlé qu’à l’artiste ou au comédien qui était en lui.»
Schmitt qualifie le tournage d’Oscar et la dame rose de «vraie expérience de vie». Avec un sujet aussi difficile, celui d’un enfant malade, l’équipe du tournage et les acteurs devaient chaque jour faire face à un «bain d’émotions constant». Certaines scènes leur demandaient une grande sensibilité, notamment celle du dernier jour d’Oscar. «C’était une véritable aventure humaine que de partager toutes ces émotions, souligne Schmitt. On était tout le temps à fleur de peau, et qu’est-ce que c’était bon d’être comme ça, d’être toujours dans l’essentiel, en train de se dire qu’au fond, le plus important dans la vie n’est pas d’avoir du pouvoir, une voiture ou de l’argent, mais d’être capable de regarder un enfant en face, d’échanger, de se rendre compte que la vie est facile, qu’il est urgent de dire aux gens qu’on les aime.»
Après avoir travaillé d’arrache-pied avec l’équipe pour transposer le livre au grand écran, Schmitt a dû prendre un peu de recul avant de pouvoir réellement apprécier le produit final. Ce n’est que la semaine dernière, lors de la première médiatique du film à Montréal, que le réalisateur et scénariste s’est senti devenir, le temps d’une représentation, spectateur de son œuvre pour la première fois. «Je me suis assis au milieu de tout le monde, témoigne-t-il, et du coup, j’étais un peu comme tout le monde: j’ai ris et j’ai pleuré… et, je dois dire, j’ai bien aimé, finalement!»


Email
Del.icio.us
De.lirio.us
Digg
Facebook
FavorisGoogle
Netvouz
Reddit
StumbleUpon
TwitCeci