IRM, Charlotte Gainsbourg
Certains ont le réflexe d’immédiatement faire le lien avec ce géant redoutable qu’est Serge Gainsbourg dès qu’il est question de sa fille Charlotte. L’ombre paternel sévit, dirait-on, surtout avec un biopic qui prendra les salles d’assaut prochainement. Cependant, on n’a qu’à jeter un bref coup d’œil à la mosaïque de ses réalisations, tant au cinéma que dans ses aventures musicales, pour déclarer que la délicate Française s’est sculpté une place bien à elle dans le paysage artistique. Avec la sortie du film L’Antéchrist avec la belle en tête d’affiche et de son album, IRM, qui a envahi les étagères en décembre 2009, on est porté à croire qu’on n’est pas prêt d’oublier le phénomène Gainsbourg.
Pour donner suite à l’aérien et dénué album 5:55 issu d’une collaboration avec le duo versaillais Air, Charlotte Gainsbourg récidive avec IRM avec la compagnie du très prolifique Beck. Le chanteur américain a su diriger l’album vers quelque chose de plus frais et lumineux. C’est donc ici une symbiose des deux influences qui se crée habilement et avec désinvolture sans qu’on sente que ça a été forcé. Les univers féeriques, un peu irréels, torturés et tirant sur l’absurde se marient parfaitement pour donner à ceux qui ont un palais musical capricieux une écoute fort satisfaisante de A à Z.
Les expériences dont Beck fait usage, tantôt de l’électro, tantôt des percussions, traversent à merveille les murmures poudreux et sereins de Charlotte. Le premier titre, “Master’s Hands,” accueille celui qui l’écoute, annonçant la venue d’un ton mystique et joyeux. “IRM” donne suite à cette impression en se prêtant à la distorsion des sons. L’unique chanson du CD qui n’a pas été créée de toute pièce est «Le chat du café des artistes». Ce morceau fort touchant, qui n’a pas son pareil pour hypnotiser, est repris du Québécois Jean-Pierre Ferland. Le très métallique “Greenwich Mean Time” surprend, Gainsbourg sortant clairement de son registre habituel. Bien évidemment, “Heaven Can Wait,” chanson que vous avez sûrement entendue en écoutant la radio, se fait accrocheuse et incarne un réveil en soi, un coup de fraîcheur, quoi! Peu importe, une tentative d’esquisser un tableau représentatif de l’éclectique album serait une tâche un peu vaine, puisqu’il est impossible d’en faire un portrait satisfaisant sans aborder chacun des 14 titres.
Enfin, Gainsbourg explique l’énigmatique titre IRM en se référant à l’expression médicale «imagerie par résonance magnétique», un traitement qu’elle a subi à la suite d’un accident. On me pardonnera donc l’effroyable jeu de mot, mais je me limiterai à dire que cet album magnétisant s’annonce une guérison des troubles musicaux auxquels nos oreilles sont parfois confrontées. Album à écouter assurément, à s’en imprégner si vous aimez le pop-folk français léger et nonchalant.


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