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De l’accessibilité des études postsecondaires pour les femmes autochtones

Si la population canadienne globale est vieillissante et que sa pyramide sociale tangue sur son sommet, ce n’est toutefois pas le cas pour les peuples autochtones, où la moyenne d’âge varie entre 18 et 24 ans. Les Premières Nations, Inuits et Métis placent la famille en tête des priorités et plusieurs femmes consacrent leur vie à perpétuer cette valeur. Pourtant, toutes ces jeunes femmes vieilliront et devront un jour jouer un rôle dans leur communauté. Comment le faire sans éducation? Bien que leur situation à cet égard ait évolué significativement depuis 20 ans, les obstacles sont encore nombreux pour les autochtone.

Stanley Vollant, directeur du programme de médecine pour les étudiants autochtones, s’est entretenu avec La Rotonde des valeurs autochtones traditionnelles afin de répondre à la question de la visibilité des femmes en milieu universitaire. «Les Premières Nations du Canada étaient jadis pacifiques et respectueuses des offrandes de la nature. La femme était importante puisqu’elle symbolisait la fertilité de la terre et la perpétuité de la communauté. Ces peuples ont toutefois été bouleversés par l’évangélisation des Occidentaux. Ceux-ci apportaient une vision misogyne du monde chez des peuples matriarcaux, ce qui a créé un choc de cultures aux effets pervers. On commence aujourd’hui à voir un heureux retour aux valeurs traditionnelles, les femmes reprennent un rôle plus important et deviennent leaders dans certaines communautés.»

Certains chiffres fournis par Statistiques Canada dans leur Enquête sur les peuples autochtones de 2006 soulèvent cependant quelques interrogations importantes.

Des résultats mitigés

Quelques conclusions sont très encourageantes. Par exemple, en 2006, plus de quatre femmes sur dix avaient complété des études postsecondaires et six femmes hors réserve sur six ont eu de l’aide financière pour leurs études postsecondaires. Il ne faut toutefois pas se réjouir trop vite, rappelle le docteur Vollant. «Oui, si on compare la situation à il y a de cela 20 ans, il y a eu une augmentation et je suis certain que si on recensait à nouveau en 2010, les chiffres auraient encore augmenté. Par contre, si on ne veut pas que les chiffres stagnent, l’aide financière est certainement très importante.» Le docteur ajoute aussi que «chez les femmes autochtones fréquentant l’université, beaucoup sont des femmes ayant décroché puis étant revenues aux études. Elles ont souvent deux ou trois enfants puisque, de façon culturelle, les femmes ont des enfants à un jeune âge considérant que la famille est très importante. D’autres femmes ne retourneront jamais à l’école par peur de quitter un emploi qui paie».

D’autres conclusions sont plutôt neutres quant à la représentation des femmes autochtones dans les milieux postsecondaires. Par exemple, les femmes autochtones sont plus susceptibles d’obtenir un diplôme d’études collégiales que les hommes autochtones. Le docteur Vollant insiste sur le fait que la communauté autochtone en entier devrait avoir des chances égales d’accéder aux études supérieures. «Cette statistique s’expliquerait par le fait que le décrochage scolaire touche bien plus durement les garçons que les filles, et ce, dans une proportion de trois quarts versus un quart. De 16% à 17% des Canadiens ont accès à l’université contrairement à seulement 7% ou 8% des autochtones, et dans ce pourcentage, on voit de plus en plus de femmes», constate-t-il. Malgré la hausse, le docteur invite à ne pas se réjouir trop rapidement: «C’est excellent! Mais il serait encore mieux que la communauté autochtone en entier ait le même pourcentage de chances d’accès aux études universitaires.»

Pour un appui financier

Malheureusement, certaines conclusions n’augurent rien de positif. Citons en exemple la conclusion de l’enquête qui indique que l’écart entre les femmes autochtones et le reste des femmes au niveau universitaire a augmenté. Le docteur Vollant a aussi apporté des précisions à ce sujet: «Vous savez, les personnes autochtones qui ont arrêté l’école au primaire ou au secondaire risquent, dépendamment des communautés, de ne pas être appuyées financièrement en vertu de certaines règles internes. Cela en dissuade plusieurs d’aller plus loin.»

En définitive, le docteur Vollant a insisté sur deux aspects qui selon lui devraient être réformés: l’aide financière aux étudiants adultes et l’éducation primaire et secondaire. «Ni le gouvernement ni les communautés ne devraient pénaliser les femmes qui ont arrêté les études pour recommencer plus tard. Le revenu moyen par famille autochtone est deux fois moindre que celui d’une famille canadienne! L’aide financière est très importante. Les femmes autochtones sont de plus en plus présentes en milieu universitaire, mais nous sommes encore à des années-lumière de ce à quoi la situation devrait ressembler.»

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