La Rotonde Le journal indépendant de l'Université d'Ottawa.

Conférences: le français négligé

par Archives LR.

Qu’ont en commun Stephen Lewis, Spencer West, Angela Davis et David Suzuki? Tous ces conférenciers de renom ont prononcé une conférence à l’U d’O cette année, sur l’invitation de la Fédération étudiante (FÉUO) ou de l’un de ses organes.

Un autre point en commun? Ils sont tous anglophones. Par ailleurs, aucune grande conférence dans la langue de Molière n’a été inscrite au programme jusqu’à maintenant. C’est ce qui fâche Alain Dupuis, coprésident provincial du Regroupement des étudiants franco-ontariens (RÉFO), une organisation présente dans 11 établissements postsecondaires ontariens offrant des programme en français.

«On s’en est rendu compte lorsque nous avons préparé des questions pour les débats de la campagne électorale de la FÉUO», confie Dupuis.

En ce qui a trait aux conférences d’Angela Davis et de David Suzuki, qui relevaient directement des élus de la FÉUO, Dupuis va jusqu’à affirmer que les francophones ont été oubliés. «Il devrait y avoir un réflexe au sein du Conseil exécutif pour qu’on ne soit pas oubliés comme ça. Il y a un déficit linguistique remarquable. […] Je ne comprend pas le problème: est-ce un oubli? Est-ce qu’on pense qu’il n’existe pas de conférenciers francophones qui feraient l’affaire? Il y a des conférenciers qui peuvent être bilingues aussi.»

Critique par rapport à la langue de présentation des conférences, Dupuis ne s’oppose toutefois pas au principe des conférences, ni à leur angle. «Je ne suis pas contre ces choix-là, explique-t-il clairement, mais il faut comprendre qu’il existe des conférenciers canadiens-français qui peuvent aussi très bien parler de questions de justice sociale comme [les conférenciers anglophones] l’ont fait. Un plus grand équilibre est nécessaire. Il y a environ 11 000 étudiants francophones sur le campus, et d’être relégué à une simple introduction bilingue et une conclusion bilingue, c’est très insuffisant», poursuit-il.

La FÉUO invoque des clauses de confidentialité pour ne pas publier les cachets versés à chacun de ces conférenciers. Toutefois, selon un article du Globe and Mail publié en 2002, David Suzuki recevrait 10 000$ pour chaque conférence qu’il donne. Il semble cependant qu’il donne aussi des conférences gratuitement. La Rotonde avait aussi dévoilé que la conférence que Stephan Lewis avait donnée fin septembre 2009 avait couté environ 15 000$.

De son côté, la FÉUO explique que «les conférenciers francophones très connus sont plutôt difficiles à trouver». Il semble en effet qu’on ait dû abandonner le projet de faire venir l’auteur Gil Courtemanche ainsi que le réalisateur et chanteur Richard Desjardins, tous deux québécois. La venue d’un humoriste serait sur les planches à dessins.

Traduction «par les pairs» déficiente

Un autre élément que le RÉFO ne manque pas de critiquer est la traduction «par les pairs» que la FÉUO se vante d’offrir lors de conférences et de plusieurs autres activités. Il s’agit d’un jumelage entre le bénéficiaire du service et un autre étudiant, qui doit lui transmettre l’information qu’il acquiert de par sa compréhension de l’anglais.

«Pendant une conférence de deux heures de David Suzuki, par exemple, on est d’accord pour dire que ça pourrait être long, pour un francophone qui vient du Saguenay, par exemple, et qui ne parle pas un mot d’anglais. C’est clairement insuffisant. Cet étudiant-là qui ne parle pas anglais ou qui veut simplement vivre sa vie universitaire en français, on ne lui permet pas [de le faire]», critique le coprésident du RÉFO.

«Si on [présente des conférences] uniquement en anglais, alors qu’on en [présente] uniquement en français aussi», exige Dupuis. Ce dernier argüe que même avec une traduction parfaite, un évènement en anglais n’en remplacera jamais un en français pour assurer la pérennité du fait français à l’Université d’Ottawa. «Il y a une réalité francophone qui est différente de celles des anglophones», résume-t-il.

Les commentaires sont fermés.