La Rotonde Le journal indépendant de l'Université d'Ottawa.

Une proposition sexy

La proposition est vendeuse: un «laissez-passer universel à 145$ pour les étudiants». D’emblée, elle séduit. Elle parait rassembleuse, abordable; bref, elle évoque l’«estudiantisme» à son meilleur. De surcroît, elle est applaudie par tous les grands. Allan Rock, la FÉUO et la GSAÉD attendent la proposition référendaire avec fébrilité. Mais que veut dire, au juste, l’expression «laissez-passer universel»? Que tout le monde en profite ou que tout le monde paie?

À première vue, le bien-fondé de la proposition semble aller de soi. Toutefois, il faut se rappeler que le même genre d’initiative n’a pas toujours été payant pour l’étudiant. Jadis, un «campus sans fumée», autre proposition référendaire sexy – qui, après tout, voudrait appuyer un campus avec fumée? – est passé avec facilité (OUI: 5993; NON: 1680). L’année suivante, la FÉUO – donc les étudiants – constatait qu’à la suite de l’abolition de la vente de cigarettes sur le campus, ses coffres accusaient un manque à gagner de plus de 50 000$. En bout de ligne, il y a toujours autant de fumeurs qu’avant, mais ce sont plutôt les dépanneurs situés à proximité du campus qui récoltent les profits de la vente de clous de cercueil.

L’important, dans cette proposition, ce n’est pas qu’elle bénéficie à tous, mais qu’elle puisse bénéficier à tous. La nuance est primordiale. Les étudiants habitant de l’autre côté de la rivière et ceux qui demeurent dans les municipalités rurales doivent pouvoir profiter du laissez-passer universel. À défaut de quoi, la seule chose qui serait universelle, dans ce laissez-passer, serait que tous doivent débourser.

La question vous sera posée ainsi: «Êtes-vous d’accord de créer un laissez-passer d’autobus universel obligatoire pour les étudiants au cout de 145$ par étudiant à temps plein par session d’automne et d’hiver?» Rien n’est plus vague que cette proposition. Il n’est pas spécifié s’il est question d’OC Transpo et/ou de la STO. Le problème, c’est qu’il est impossible, pour un résidant de Gatineau, de se procurer un passe OC Transpo. Même s’il y avait exception pour les étudiants, le passe OC Transpo n’est valide qu’à certaines conditions de l’autre côté de la rivière. En effet, sur les trajets de la STO, il n’est pas accepté avant 9h à l’extérieur du «périmètre des centres-villes du secteur Hull et d’Ottawa» à moins de posséder la carte «STO-résidant de l’Ontario».

Si la possibilité pour tous d’en profiter est essentielle, possibilité n’est pas pour autant synonyme d’adoption. En d’autres mots, ce n’est pas parce que l’étudiant peut en profiter qu’il choisira de le faire. On fait ici référence à l’étudiant-automobiliste. Celui qui choisira de payer, en plus de ses frais d’inscription, un stationnement pour sa voiture.

À cet égard, la question est différente. La région possède des installations très décentes en matière de transport en commun. Les parc-o-bus, pour ceux qui ne sont pas directement desservis par un service d’autobus adéquat, et le transport en commun régulier pour les autres sont des alternatives vertes à considérer plutôt que de s’offusquer du prix qu’on leur imposerait dans le cas où le projet de «laissez-passer universel» finirait par se concrétiser.

Dans cette optique, le laissez-passer universel peut être perçu comme une initiative verte. Elle encouragerait l’étudiant à troquer sa machine à pollution pour une solution de transport plus écologique. À l’ère où l’on vit, les mesures incitatives du genre manquent.

Le seul bémol: ceux qui vivent près du campus. L’étudiant qui a choisi d’habiter près du campus pour éviter de payer des frais reliés au transport en commun ne devraient pas être pénalisés. Ne devrait-on pas penser à une exemption pour ces cas particuliers? À ce jour, on ne sait même pas combien de personnes sont dans cette situation.

Bref, il est beaucoup trop tôt pour se prononcer sur la question. On est loin d’en savoir assez sur le laissez-passer universel pour prendre une décision éclairée. Se prononcer sur une proposition en se basant sur son titre revient à voter pour un candidat en se basant sur le look de ses affiches: c’est inconcevable. Avant de convier les étudiants aux urnes, il faudrait s’assurer qu’ils connaissent les enjeux et les conséquences possibles de leur choix. Il reste deux semaines aux élus pour informer adéquatement la population étudiante, sans quoi les étudiants iront voter sur la proposition sans savoir pourquoi ils votent réellement.

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