« Ne crie pas ou tu iras en prison! » – Policier d’Ottawa
La nouvelle s’est d’abord transmise oralement et plusieurs ont cru à l’exagération. Puis elle a fait son chemin sur les blogues et dans les journaux étudiants – encore là, certains parlaient de sensationnalisme.
Récemment, la vidéo a fait son apparition sur l’Internet et tout le monde a constaté de ses propres yeux à quel point prononcer un juron en abandonnant une lutte légitime devant un policier de mauvaise humeur pouvait couter cher.
Évidemment, il est ici question de l’arrestation injustifiée, selon La Rotonde, de Seamus Wolfe, président de la Fédération étudiante de l’U d’O (FÉUO). Injustifiée? Absolument! Certes, il s’agit d’un manque de respect que d’insulter un représentant de la loi. D’un autre point de vue, cependant, il est tout à fait légitime d’être en beaux fusils quand un agent de la loi vous prend pour un moins que rien. En effet, la police avait demandé à Wolfe de lui montrer le bail et ce dernier s’est empressé d’aller le chercher. Les policiers ont ensuite profité de son absence pour pénétrer dans le bureau du Centre de recours étudiant (CRÉ). De la part du policier, la moindre des choses eût été d’admettre d’emblée que le bail ne servait à rien, ou encore d’attendre le retour du président de la FÉUO pour examiner le document comme il se doit.
Au nom de la loi
Comme le dit si bien le proverbe russe, il semble en fait que «ce n’est pas la loi qu’il [faille] craindre, mais le juge», ou celui qui l’applique. Le Code criminel indique qu’il est considéré illégal de troubler l’ordre public en «se battant, en criant, en hurlant, en jurant, en chantant [!], ou en utilisant un langage vulgaire ou obscène». En revisionnant la vidéo, il est difficile de déterminer à quel moment Wolfe «trouble l’ordre public». Si la loi doit vraiment être appliquée de cette façon, alors plusieurs d’entre nous devrions nous rendre sur-le-champ au poste de police pour avouer nos crimes, ou mieux: pourquoi ne pas appeler la police chaque fois que quelqu’un ose ainsi troubler notre paix en public?
Plusieurs cyniques accusent Wolfe de s’être jeté par terre. Il est étonnant de constater qu’ils s’attardent à de tels faits alors que ce qu’il faudrait retenir, c’est plutôt qu’il s’est fait arrêter pour avoir dit deux fois le mot qui commence par F. Il est d’autant plus étonnant de voir que l’Université ne s’est pas expliquée à ses étudiants. L’absence de commentaire pourrait facilement s’interpréter comme une approbation d’un tel comportement policier, ce qui, en soi, serait tout à fait déplorable.
Entendons-nous, lors de son arrestation, bien qu’il ait été convaincu (avec raison, croyons-nous) de la pertinence de son intervention, Wolfe quittait la scène, ayant abandonné le «combat». En d’autres mots, il n’avait pas l’intention de troubler l’ordre public davantage (si l’on considère qu’il avait vraiment troublé l’ordre public). De sucroît, il n’était sûrement pas une menace pour qui que ce soit, sinon pour la bonne humeur du policier, dont la frustration s’explique probablement davantage par le questionnement auquel Wolfe le confronte que par quelque juron émis à son égard. Notons qu’à ce moment, Wolfe arguait que la police n’avait pas le droit de pénétrer dans le bureau du CRÉ.
Au nom de la justice
Qu’un étudiant (Marc Kelly) se fasse arrêter et expulser du campus alors qu’il se trouve dans le CRÉ et que la directrice du Centre ne voit pas d’inconvénient à sa présence est déjà problématique (se référer aux articles précédents concernant Kelly pour plus de détails). Il faut ici rappeler qu’un avis d’empiètement interdisant la présence de Kelly sur le campus avait été émis. Toutefois, selon Mireille Gervais, la FÉUO détient un bail garantissant qu’elle est l’occupante légale de l’endroit où se trouvait Kelly lors de son arrestation.
Dans le cas du président de la FÉUO, que des mesures semblables soient permises sur notre campus est une goutte d’eau qui fait déborder le vase. Seamus Wolfe se voit maintenant contraint de se défendre en cour face à des accusations criminelles. En d’autres mots, s’il est trouvé coupable, il aura un casier judiciaire et toutes les complications qui accompagnent une telle situation. Il s’agit d’un manque total de respect envers les étudiants qui soulève certaines questions: à quand la prochaine oppression policière? Et, surtout, sous quel prétexte bidon le prochain étudiant se fera-t-il arrêter?
Le tout s’est produit le jour même où l’activiste Angela Davis était de passage à Ottawa. À cette occasion, celle-ci a fait remarqué que lorsqu’elle luttait contre la conscription, plusieurs la prenaient pour une folle. Mais que ce dont il faut se rappeler, c’est que les droits d’aujourd’hui ne sont jamais acquis et qu’il faut se méfier de ces arrestations répétées sur le campus. Il est primordial que l’administration de l’Université se prononce à sujet. Elle doit expliquer à ses étudiants les mesures qui seront prises pour qu’un tel incident ne se reproduise pas. Si, à l’inverse, elle cautionne un tel geste, les étudiants sauront à quoi s’en tenir et devront trouver un moyen pour que de telles pratiques soient bannies de leur campus.


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