La Rotonde Le journal indépendant de l'Université d'Ottawa.

Le Boston Ballet séduit Ottawa

par Rosalie O'Connor.

Du 28 au 30 janvier derniers, pour la toute première fois au Canada, le Boston Ballet présentait son spectacle au Centre national des Arts. Mikko Nissinen, directeur artistique de cette compagnie des plus réputées d’Amérique du Nord, a présenté aux fervents amateurs de danse une programmation qui a su plaire à tous les gouts. Du grand chef-d’œuvre classique au style contemporain, cinq prestations ont été présentées au public de la capitale nationale.

Un duo avec musique et danse

C’est le renommé Ballo della Regina, chorégraphié par George Balanchine il y a un peu plus de 30 ans, qui a donné le coup d’envoi à la soirée. Le lever du rideau à lui seul a saisi la foule, alors qu’une douzaine de danseuses prenaient place devant un décor pratiquement inexistant, mais qui laissait la visibilité aux artistes. Malheureusement, le volume de la musique tirée de l’opéra Don Carlos et interprétée par l’orchestre du CNA manquait nettement d’intensité. Par conséquent, l’attention du public était davantage dirigée vers les sons que produisaient les danseurs à l’exécution de leurs divers sauts plutôt que sur la magie qui aurait pu s’en dégager. Sur une note plus positive, ce numéro mettait de l’avant la virtuosité des danseurs en démontrant parfaitement leur maîtrise des innombrables figures et pirouettes propres à la danse classique.

Dans un éclairage sobre et théâtral, le numéro Ein von viel, chorégraphié par la Torontoise Sabrina Matthews, a permis aux spectateurs d’apprécier le potentiel du corps humain lorsqu’il effectue des mouvements saccadés à un rythme effréné, le tout sans compromettre la justesse des figures exécutées par les danseurs John Lam et James Whiteside (prestation du 28 janvier 2010), qui arboraient des tenues teintées de blanc. Le pianiste Andreï Streliaev, qui accompagnait les interprètes sur scène, ajoutait de la proximité entre l’auditoire et le ballet contemporain. On aurait toutefois souhaité une plus grande complicité entre les danseurs, qui semblaient évoluer sur deux tableaux bien distincts.

Ballets russes

Le Boston Ballet a offert un véritable délice pour les yeux en présentant deux prestations tirées des Ballets russes de Diaghilev. La première, Le spectre de la rose, a transporté l’assistance dans un tout autre monde. D’une saveur traditionnelle et hautement théâtrale, cette pièce raconte l’histoire d’une jeune demoiselle qui rêve à une rose dansante après être tombée dans les bras de Morphée. La seconde, L’après-midi d’un faune, est sans aucun doute la pièce la plus originale de la soirée. Rappelant l’époque de la Grèce antique de par les costumes, cette chorégraphie de Vaslav Nijinsky sur une musique de Debussy donnait l’impression d’une action se déroulant en deux dimensions, et ce, sur des déplacements entièrement de profil. Note parfaite au décor tout à fait sublime ainsi qu’au danseur Altan Dugaraa (28 janvier), qui a su démontrer que l’excellence n’est pas seulement l’enchaînement de mouvements complexes, mais également la capacité de ressentir chacune de ses articulations lors de multiples changements de position, aussi minimes qu’ils soient.

Danser avec Mozart

Le clou du spectacle est sans contredit le numéro Brake the Eyes du chorégraphe résident Jormal Elo. Donnant la nette impression d’une certaine odyssée de l’espace sur la musique du légendaire Wolfgang Amadeus Mozart, ce numéro transporte le public dans un univers unifiant le ballet classique et la danse contemporaine. Ajoutons à cela un système d’éclairage qui donne l’illusion d’être envahi par la lumière de manière à ce qu’elle représente le pilier central de la pièce. Fait intéressant et pour le moins percutant, le public pouvait entendre les souffles et les quelques répliques d’une des danseuses de la troupe.

Le moins que l’on puisse dire est que le Boston Ballet a laissé sa marque pour sa première canadienne. Chapeau à l’ingéniosité et à l’originalité du directeur artistique et de la compagnie elle-même.

Laisser un commentaire
Vos commentaires peuvent être utilisés pour publication