La liberté une lutte interminable
Le 2 février dernier, la FÉUO accueillait, au centre communautaire Bronson, Angela Davis, militante afro-américaine, dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs. Devant une salle comble, c’est la professeure Joanne St. Lewis, de la faculté de Droit, qui a présenté Angela Davis en mentionnant avoir entendu parler d’elle pour la première fois pour son concept de «radicalisme», qui signifie «aller aux racines, aller au cœur des choses».
En guise d’introduction, Davis a déclaré reconnaître que la conférence se tenait sur des terres autochtones jamais cédées, et que c’était une façon de ne pas approuver leur génocide.
De la liberté
La conférence s’est concentrée sur la liberté, et Angela Davis a rappelé que le Mois de l’histoire des Noirs était un moment important pour réfléchir sur le passé, le présent et l’avenir des défis de la liberté. Elle insiste aussi sur le caractère collectif de la célébration du succès. «Je ne dis pas qu’il ne faut pas célébrer la mémoire individuelle des participants [du mouvement des droits civils], mais qu’il faut se rappeler du mouvement de milliers de personnes dans un contexte où ces gens avaient pour passion la liberté.»
Elle s’est ensuite livrée à une analyse de l’esclavagisme et de la manière dont celui-ci a modelé l’histoire des Noirs en Amérique, notamment pendant le mouvement des droits civils. Davis a soutenu que plusieurs versions d’historiens ont été censurées et que seulement aujourd’hui leurs analyses sont étudiées.
Davis a en outre soutenu que le mouvement pour les droits civils n’était pas terminé: les gens n’ont pas encore droit à l’éducation «parce que si l’éducation était un droit, elle serait gratuite», ce qui lui a valu un tonnerre d’applaudissements. Elle a continué d’énumérer les groupes de gens marginalisés comme les Premières Nations, les immigrants illégaux, les gays, lesbiennes et transgenres, pour terminer avec les prisonniers. «La nature de l’emprisonnement, c’est une mort civile», rappelle Davis, une des tenantes du courant abolitionniste.
Elle insiste sur le fait que «l’industrie de la punition» n’est qu’une récapitulation de l’esclavagisme et que les prisons gardent la «mémoire institutionnelle de l’esclavage». De plus, selon Davis, les prisons renforcent la classification des genres et la discrimination des minorités, et apporte une panique morale sur la question des agresseurs sexuels. Or, seuls les parents ne sont pas inscrits sur les listes publiques aux États-Unis, ce qui «renforce la notion que le mal vient toujours de l’extérieur» et permet de stigmatiser les minorités. «La seule chose que la prison empêche, c’est de laisser la société penser [aux manières de régler la violence]», déclare Davis.
Haïti
Finalement, Davis a parlé du lien entre la naturalisation de la violence et celle de la pauvreté. Elle a expliqué que la pauvreté d’Haïti et la surpopulation de la capitale est le résultat du remodelage de l’économie opéré, entre autres, par les États-Unis.
«Les journalistes n’ont pas parlé des actions capitalistes ayant créé cette pauvreté et rendu les gens beaucoup plus vulnérables qu’ils ne l’auraient été autrement. Ils ont pris la pauvreté d’Haïti comme un fait établi, qu’ils n’ont jamais expliqué», a-t-elle rappelé. Le plus important, selon elle, est d’exprimer de la solidarité, et non de la charité, pour Haïti.
La conférence s’est terminée avec beaucoup de questions et d’applaudissements pour l’activiste de 66 ans qui a soutenu que «l’activisme devrait être une joie» et que les universitaires devraient «rendre [leurs] connaissances profitables à la société».


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