La Rotonde Le journal indépendant de l'Université d'Ottawa.

Je être fière de la bilingualism en la Canada!

Quelle joie, quelle fierté nationale que de se proclamer bilingue et d’incarner ainsi le «Canadien typique»! Parce qu’au Canada, tout le monde se comprend. Monsieur et Madame Tout-le-monde se promènent dans la rue et se saluent dans la langue de leur choix, sans ambiguïté, sans malentendu. Au Canada, on est bilingue, on a le choix. Chaque interaction est comme un jeu composé d’un élément de surprise, qui consiste à choisir la langue utilisée pour s’adresser à autrui, et à tenter de deviner quelle sera le choix de son interlocuteur (ou de son adversaire, selon le cas).

Vous aurez compris que j’ironise. Si le bilinguisme était réellement basé sur un choix personnel accepté par tous, on ne serait pas en train de s’interroger quant à la place du français aux Jeux olympiques de Vancouver. Les organisateurs auraient compris, depuis le temps que la planification de l’évènement est entamée, que la présence du bilinguisme est loin d’être une décision à prendre selon leur humeur, l’économie du pays ou le temps qu’il fait. En fait, la seule décision en ce qui a trait au bilinguisme a déjà été prise avec l’adoption de la Loi sur les langues officielles, en 1969. La présence du français comme de l’anglais est depuis ce temps censée être une obligation au pays, et non un choix. Il est difficile de croire que plus de 40 ans plus tard, plusieurs ne comprennent toujours pas le concept.

Je ne suis certainement pas la seule à avoir été déconcentrée lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, il y a dix jours, par l’absence du français. Les jeux de lumière, les interprétations musicales ou les chorégraphies regroupant des centaines de danseurs ne m’ont même pas allumée. J’étais estomaquée par le fait que rien ne représentait la culture francophone. J’attendais qu’un interprète francophone fasse son entrée, n’importe lequel, par pitié, et que l’on arrête de nous prendre pour des imbéciles. Même les animateurs à la télévision semblaient perdus dans une vague d’anglicismes (mention toute spéciale à l’animateur, dont j’ai oublié le nom, pour avoir dit «la musique et les lyrics ont été composés par…»).

Quand Garou est entré sur scène, j’étais prête à passer l’éponge (tout en serrant les dents et en gardant les poings serrés). Mais c’est en constatant à quel point certaines personnalités importantes et plusieurs de nos confrères (!?) canadiens ont dédramatisé la chose au cours des jours qui ont suivi la cérémonie que j’ai perdu patience.

Les organisateurs se sont défendus contre les attaques des médias et des personnalités publiques en affirmant que puisque les francophones ne représentent pas 50% de la population canadienne, il était alors évident qu’on ne leur accorderait pas toute la moitié du spectacle. Belle logique, oui. Aux dires de plusieurs, les francophones ne seraient que de grands pleurnicheurs, des égoïstes jamais contents de ce qu’on leur offre.

Un départ boiteux, donc, pour l’organisation des Jeux olympiques. La bonne nouvelle, c’est qu’après le 28 février, dernière journée des Jeux, on n’en entendra à peu près plus parler. Par contre, pour ce qui est du bilinguisme qui «caractérise» notre pays et, dans le même ordre d’idées, notre université canadienne (la seule université bilingue au pays!), on est loin d’avoir fini d’en parler et de «pleurnicher» sur notre sort, en bons francophones que nous sommes.

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