La Rotonde Le journal indépendant de l'Université d'Ottawa.

Entre poésie et culture populaire

par Lydia Pawelak.

La pièce de théâtre Woyzeck, écrite au 19e siècle par le dramaturge allemand Georg Büchner, était présentée du 9 au 13 février derniers au Centre national des Arts.

Woyzeck raconte l’histoire d’un homme qui fait partie de la masse prolétaire, qui subit l’oppression dans toutes les sphères de sa vie et qui ne tentera jamais de se révolter contre ses supérieurs. Le personnage joué par Marc Béland représente les conséquences de l’aliénation de la société et l’angoisse de vivre qui en découle.

La pièce commence, Woyzeck est poussé de tout bord tout côté par les six autres personnages. Puis, seul avec le docteur, Woyzeck mange ses petits pois, ceci faisant partie des expériences médicales auxquels il est soumis. Bien vite, on apprend que celui-ci a eu un enfant avec la belle Marie, qui à son tour tente de séduire le tambour-major, un homme «fier comme un lion». Woyzeck en sera extrêmement jaloux.

Marie est un personnage qu’on aurait pu placer dans une pièce de Michel Tremblay, une femme qui s’est retrouvée à élever seule son enfant dont le père est toujours absent. La douleur qu’elle éprouve quand elle regarde son enfant est celle d’une femme désillusionnée par les hommes, la société et la vie. Le docteur qui suit Woyzeck régulièrement sert aussi de pseudo-psychologue: il philosophe avec Woyzeck, qui, lui, tente d’exprimer ses peurs, ses angoisses et ses visions apocalyptiques.

Le décor de la pièce est frappant: une grande passerelle éclairée de lumière rouge traverse la scène, un long bassin d’eau très peu profond qui s’avance vers les spectateurs côté cour représente une rivière. Celle-ci est traversée par des madriers de bois et par une étendue de terre.

Poésie ou culture populaire?

Chaque scène est ponctuée de chansons québécoises populaires fredonnées par Marie ou chantées haut et fort par le tambour-major, parfois lourdes, d’autres fois détonantes avec la poésie des personnages. Pourtant, Woyzeck, lui, ne chante pas. Serait-ce une autre condition liée à son aliénation et aux expériences médicales que le docteur lui fait subir? Ses paroles sont souvent lourdes de sens: «C’est un beau ciel dur et gris. On aurait envie de poser un crochet dedans pour se pendre.»

Les scènes courtes sans mise en contexte et les dialogues brefs nous font rester sur notre faim. Les rôles qui utilisent plus de vocabulaire tendent le piège de l’absurde alors que d’autres avec peu de mots expriment les émotions de façon poétique.

La dualité homme-femme occupe une grande place dans la pièce et celle-ci ne peut se résoudre que par la mort du personnage féminin afin que le protagoniste puisse en arriver à ce qu’il croit être son destin. Cette scène est l’une des plus réussies, car elle prend place près de l’étendue d’eau. L’imagination du spectateur est interpelée par les actions de Woyzeck dans ce décor minimaliste.

La version québécoise de Woyzeck est une réussite pour plus d’un critique. Pour ma part, je crois que certains aspects de la pièce reflétaient bien l’idée de l’original tandis que d’autres nous détachaient de l’ambiance générale pour nous ramener au Québec à diverses époques.

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