Tout le monde en parle
Les avis sur la campagne « Devenez célèbre » sont partagés : si certains disent « parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en », d’autres pensent plutôt qu’une campagne publicitaire doit faire parler d’elle pour les bonnes raisons. En comparaison, la même campagne, l’an dernier, a connu un franc succès tant sur le plan des valeurs véhiculées que sur le plan de l’efficacité.
De deux choses l’une : d’abord, si la campagne pour inciter les gens à se présenter aux élections avait pour but de plaire à toute la population étudiante, eh bien c’est un échec.
Toutefois, si le but était d’informer un maximum de gens, la campagne a vraiment rempli son mandat. Il faut dire qu’une grande majorité d’étudiants se sentent interpellés par le slogan. À l’ère où l’on vit, la célébrité représente pour plusieurs l’accomplissement ultime. Il est cependant aberrant de penser qu’un candidat pourrait se présenter aux élections dans le but de devenir célèbre. S’il finit par le devenir, ce sera probablement pour les mauvaises raisons et le cas de l’ancien vice-président aux activités sociales Jean Guillaume en est un exemple flagrant : l’attention qui lui a été accordée par les médias a atteint son paroxysme quand… il s’est fait montrer la porte. En ce sens, le slogan adopté cette année est un véritable leurre.
Dans la même veine, qui serait assez fou pour se lancer en politique pour la célébrité? Les médias sont beaucoup plus friands des impairs des politiciens que de leurs bons coups. Quelques exemples parlent d’eux-mêmes : Bill Clinton est davantage connu pour l’affaire Lewinsky que pour sa politique économique intérieure, tandis que le nom de Paul Martin évoque d’abord le scandale des commandites, et non l’atteinte et le maintien du déficit zéro par le Canada.
D’un point de vue visuel, la pertinence de l’affiche est tout aussi discutable. Y invite-t-on les gens à considérer le côté glamour de la politique? Par ailleurs, des groupes féministes se sont déjà prononcés contre l’affiche en question. L’argument est valable : elle encouragerait le statu quo, c’est-à-dire que les femmes doivent se servir de leur beauté, de leur charme ou pis encore, de leur corps pour atteindre leurs buts. Cela dit, si un homme avait été représenté de la même manière, les mêmes valeurs superficielles auraient été véhiculées.
Allons plus loin, car après tout, les universitaires ne sont-ils pas dotés d’un esprit critique développé capable de regarder les choses tant en profondeur qu’en surface? En poursuivant le raisonnement, on peut conclure que dans la communauté étudiante, il serait aberrant que la majorité soit assez candide pour élire un candidat en se basant sur son style vestimentaire ou sa démarche suave. Prétendre le contraire, en fait, reviendrait à admettre l’inutilité d’une formation académique, car celle-ci forme non seulement de futurs professionnels, mais aussi de futurs citoyens, du moins en théorie.
Si plusieurs trouvent l’affiche de la FÉUO et son slogan si offensants, c’est probablement, entre autres raisons, parce qu’ils nous rappellent une certaine vérité : malheureusement, bien souvent, les électeurs votent pour une image plutôt que pour une plate-forme.
Certains voudraient changer les affiches, mais ça ne servirait en rien l’intérêt des étudiants. En effet, la campagne avait pour objectif de faire connaître aux étudiants la possibilité de se présenter aux élections, et au nombre de textes qui ont été écrits sur le sujet et de conversations qu’elle a suscitées, l’objectif a été atteint. Les campagnes des candidats ne sont pas encore lancées que déjà, tout le monde parle de politique à l’Université d’Ottawa. Il est vrai qu’il n’est toujours pas question d’enjeux sérieux qui ont un impact sur le moyen et le long terme, mais pourquoi ne pas voir la chose comme l’« entrée » bon marché d’un bon repas? La conversation est maintenant entamée, il ne reste plus qu’à l’orienter vers les vrais enjeux, à savoir les plate-formes des candidats.


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