La Rotonde Le journal indépendant de l'Université d'Ottawa.

Étudiant et ignorant

Comme nous vous l’apprenions dans notre édition du 26 octobre dernier, au Canada, l’Ontario est une place de choix pour l’étudiant qui désire payer cher son éducation. Certains s’insurgent lorsqu’on leur dit que l’université, de nos jours, est davantage une entreprise qu’un service. D’autres sont aujourd’hui convaincus de ce fait. La « carte d’affaire » vidéo de l’Université et les abribus tapissés de grenat qui agrémentent le paysage d’Ottawa-Gatineau et même d’autres villes, (Montréal, par exemple) contribuent certainement à la formulation d’une telle idée. Au-delà de cette prise de position, qui relève des valeurs personnelles, il est légitime de se questionner : notre argent est-il bien dépensé?

En d’autres mots, peu importe le montant d’argent que débourse chaque étudiant, voire chaque payeur de taxe, l’argent que notre société alloue à ces établissements est-il bien dépensé? Est-il nécessaire d’y consacrer autant d’argent ou devrait-on plutôt en dépenser moins. L’universitaire moyen ne semble pas porter une grande attention à ces « détails ». Il semble n’avoir qu’une vague idée de la manière dont l’Université dépense l’argent des frais accessoires qu’il a payés en début d’année via les droits de scolarité, même si ces frais représentent plus de 250 dollars par année. Cela est toutefois tout à fait compréhensible : peut-être est-il trop pris par la gestion de ses propres finances?

L’universitaire moyen ne semble pas non plus préoccupé par le fait que des sommes soient détournées vers des budgets différents de ceux auxquels elles devaient initialement servir. Le cas du Centre universitaire en est un exemple. En effet, selon le Manifeste pour une réappropriation étudiante de l’espace de l’Université d’Ottawa, ce serait quelque deux millions de dollars qui auraient servi, entre 2001 et 2006, à financer un service de la Vie communautaire. Certes, dans des organisations aussi grosses que l’Université d’Ottawa, il n’est pas rare de voir les surplus budgétaires d’un service donné se faire absorber par d’autres services, déficitaires. Une question émerge toutefois lorsqu’il s’agit d’un établissement scolaire : l’étudiant – ou le client, selon la perception – ne devrait-il pas être consulté?

Au-delà des frais accessoires et des déplacements de fonds, l’analyse des dépenses de notre établissement scolaire invite l’universitaire moyen à réfléchir sur certains faits que l’on pourrait qualifier d’anomalie. Par exemple, le fait que le poste de recteur soit mieux rémunéré que celui de premier ministre ne vous interpelle-t-il pas?

La facture est salée, certes, mais si le client en a pour son argent, il n’y a pas vraiment de problème; au contraire, c’est le principe sur lequel repose l’existence des collèges privés. Croyez-vous, quant à vous, en avoir pour votre argent?

L’universitaire moyen ne connaît pas cette réponse. Mais pourquoi, alors, ne pas cesser d’être un étudiant moyen? Pourquoi ne pas choisir de s’impliquer dans la gestion de son argent? De cette façon, l’étudiant moyen se voie satisfait par les divers services, activités et enseignements pour lesquels il paie. Et si ce n’est pas le cas, il pourra au moins se révolter. Pour l’instant, il n’est pas en mesure de le faire. En fait, même s’il se faisait escroquer, il ne s’en rendrait probablement pas compte.

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