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Discours d’Obama à Ottawa

La semaine dernière, on aurait cru voir Barack Obama en personne à la Nouvelle Scène dans une « pièce de théâtre » à l’objectif artistique plutôt insolite. Les paroles de son discours d’investiture, “A More Perfect Union”, prononcé à Philadelphie le 18 mars 2008, sont ici rendues dans toute leur grandeur par le comédien Eric Delor.

C’est donc avec curiosité que les gens se sont pointés à la Nouvelle Scène pour la pièce De la race en Amérique, présentée par le Théâtre du Trillium, ne sachant pas à quoi s’attendre. On anticipait quand même le fameux discours ainsi qu’une discussion vivante par la suite. La dualité présente dans ce spectacle – du réel et du théâtre, du politique et de l’artistique, du monologue et du dialogue – était difficile à ignorer tout au long de l’expérience. Un bourdonnement d’excitation régnait dans la salle avant le début de la pièce, ce qui ajoutait un peu au solennel de la chose.

Mise en scène ou mise en voix?

Libérée de tout l’esthétisme que la production théâtrale apporte souvent, la scène était simplement illuminée du bleu des démocrates et surmontée d’un lutrin. On a accueilli les spectateurs avec un mot de bienvenue abordant le contexte actuel en Haïti et rappelant la souffrance que ce discours enveloppe. On était plus placé dans une situation de recueillement que de divertissement, car après tout, ce n’était point de la comédie légère! Pour ce discours, Obama a abordé la question de son amitié avec le révérend Wright sur laquelle les médias crachaient avec hargne. Il l’a abordée bien évidemment, mais ce n’est pas la seule problématique dont il a traité.

Dans ce discours, on est témoin de questions raciales, religieuses, d’amitié, bref, de sujets interpellant l’humanité entière. Ses paroles fortes et urgentes se sont déployées peu à peu sur la scène, puis sur la salle complète. Peu à peu, le décor est disparu pour laisser le comédien Eric Delor interpréter ce discours. Peu à peu, l’acteur lui-même, l’homme en chair, s’est brouillé à son tour; on ne voyait que ses paroles, on en était presque subjugué. Aucune dimension lyrique ni aucun geste dramatique n’ont été ajoutés à son jeu, juste des paroles envisageant un autre avenir. « Dire des choses optimistes tout en s’appuyant sur un passé souillé. On ne peut se refuser de regarder le début du chemin si on désire prévoir la fin », commentait Eric Delor lorsque questionné.

Des auditeurs et des citoyens enthousiastes

La mise en scène de ce grand discours a été suivie d’une discussion avec le metteur en scène José Pliya et l’acteur, ou plutôt la voix, qui interprétait l’œuvre d’Obama. Le public, bien que fort intéressé par l’aspect politique et social de la chose, orientait ses questions plutôt vers le théâtre en tant qu’art. Il y avait de l’intérêt pour l’essence du spectacle même, plusieurs l’ayant vécu comme une expérience des premiers émois que le phénomène Obama a suscités. En se remémorant les réactions des publics précédents, Pliya s’est déclaré fort satisfait. La pièce ayant parcouru le monde entier, chaque société a pu établir des parallèles avec son contexte actuel et a facilement pu trouver écho dans ces paroles rassembleuses. Le metteur en scène a commenté avec un rire le fait que certaines personnes s’attendaient plutôt à une comédie musicale : « C’est évidemment une forme spéciale à laquelle d’aucuns ne sont pas habitués. On me suggère même d’autres façons de présenter cette pièce, parfois! Mais en général, je suis touché par les commentaires du public. Un jeune m’a dit : “C’est un discours aux hauteurs d’homme.” »

Placé sur scène, dans la perspective qu’il relève du théâtre, ce discours prend des couleurs « politico-poétique ». Ce n’est pas une question d’imiter ou de copier, mais plutôt de se faire messager de ces paroles, qui proposent un chemin de réconciliation. La force poétique de la chose n’a pu que nous toucher et nous amener à nous questionner sur ce qu’est le théâtre, ou encore ce qu’est la politique.

Commentaires

  • ducos marie laure

    Juste un petit regret, que l’on ne parle pas plus du parcours du comédien, auteur et metteur en scène qu’est Éric Delor, avec qui j’ai travaillé récemment et dont la générosité n’a d’égal que son talent. Merci et longue vie à ce spectacle. Merci à José Pliya.

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