La Rotonde Le journal indépendant de l'Université d'Ottawa.

Le citron est assez pressé

Évidemment que l’Université d’Ottawa n’allait pas échapper à la crise économique mondiale. Évidemment qu’une période d’austérité et de pain noir allait suivre au sein de notre institution universitaire. Pas de surprise ici. Là où le bât blesse, c’est dans la manière dont cette « optimisation des ressources » se fait. Parce qu’avant tout chose, il faut mettre au clair que parmi le comité directeur de ce conseil d’« optimisation », aucun étudiant n’aura de voix. Quand ce comité supérieur fera les recommandations finales aux vice-recteurs et au recteur, pas un seul de nos représentants n’aura eu son mot à dire sur ce vaste plan. Les étudiants sont aussi totalement absents des sous-comités chargés d’évaluer des secteurs particuliers et de remettre leurs rapports au comité directeur. En résumé : les étudiants sont absents de tout ce processus. Allan Rock tente de se faire rassurant en avançant que les étudiants « seront à la table quand [ils] prendront les décisions ». Quelle table, Monsieur Rock? Celle à laquelle les vice-recteurs et vous-même serez assis quand viendra le temps d’appliquer ou non les recommandations du comité directeur? Le même comité où l’étudiant brille par son absence? Comment prendre cette invitation au sérieux quand la voix étudiante ne peut se faire entendre pendant l’analyse précise des divers secteurs et services de l’Université? Ce sont nous, les étudiants, les plus à même de donner notre point de vue sur les services et l’éducation que nous recevons. Nous ne voulons pas attendre qu’un comité qui nous ignore y aille de ses recommandations avant de nous faire entendre. Nous avons devant nous un recteur qui crie sur tous les toits que l’expérience étudiante dicte ses choix, de l’embauche de nouveaux professeurs jusqu’à ce qu’il mange au petit-déjeuner. Comment peut-il alors faire fi des représentants des 36 000 personnes qui donnent son sens à l’Université pour laisser plus de place à des représentants du secteur privé? Pour Allan Rock, il semble bien que l’expérience étudiante doive être élaborée par des gens d’affaires.

Ce même comité semble également avoir oublié la place qu’occupent les membres du corps professoral dans la vie universitaire. Seulement deux des sept membres du comité directeur proviennent du milieu universitaire, les cinq autres appartenant au secteur privé. Voilà pourquoi nous ne pouvons qu’abonder dans le sens de Gaétan-Philippe Beaulière, commissaire à l’externe de l’Association des étudiants diplômés, et de Seamus Wolfe, président de la Fédération étudiante de l’Université d’Ottawa. Comment se fait-il que les acteurs les plus concernés par la gestion financière de l’Université, c’est-à-dire les étudiants, les professeurs et leurs assistants ainsi que le personnel de soutien, ne font pas partie du processus d’évaluation? L’Université devra également, et ce dans un avenir rapproché, identifier quels seront les premiers secteurs ou services à pâtir de cette « optimisation ». On ne peut imaginer que des services soient totalement éliminés, mais dans la mesure où le fardeau financier de l’éducation postsecondaire repose plus que jamais sur les épaules des étudiants, il y a des limites à faire plus avec moins. Le proverbial citron est déjà bien assez pressé.

On ne pourrait non plus passer sous silence la réduction des transferts gouvernementaux vers les universités. Comment peut-on décemment augmenter les frais de scolarité alors qu’on coupe dans les budgets alloués aux institutions postsecondaires? Ne se rend-t-on pas compte que la vitalité économique d’une province ou d’un pays dépend largement du taux de scolarisation de sa population? S’il y a des gens capables de sortir le pays du marasme économique, ce sont bien les diplômés.

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